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PHARMACOVIGILANCE


Nos Sources:


Bulletin d'information du Département de Pharmacologie

du CHU de Bordeaux

Les communiqués de presse ou lettres sur certains des sujets traités dans ce numéro sont disponibles sur le site de l'Agence des produits de santé (www.afssaps.sante.fr )
Infos est disponible sur le site web du département de pharmacologie: www.pharmacologie.u-bordeaux2.fr.

Si vous souhaitez recevoir un message vous avertissant de la mise en ligne, envoyez un message, en précisant vos coordonnées professionnelles à: pharmacovigilance@pharmaco.u-bordeaux2.fr
Pour tout renseignement sur les effets indésirables des médicaments:
Centre régional de pharmacovigilance et d'information sur le médicament

Tél : 05 56 98 16 07
Pour tout renseignement sur l'abus et la dépendance (médicaments ou autres substances):
Centre d'évaluation et d'information sur la pharmacodépendance            

Tél : 05 57 57 62 84
Hôpital Pellegrin - 33076 Bordeaux Cedex - télécopie : 05 57 57 46 60

 

 

Numéro 105 – août 2010

 

Bulletin d'information du Centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux

 

• Contraception orale

 

- Cinquantième anniversaire

 

    La pilule a été inventée il y a presque 60 ans et a été commercialisée aux Etats Unis il y a exactement 50 ans, en 1960. En France, il a fallu attendre 1967 pour que la contraception soit autorisée par la loi Neuwirth (contraception orale et stérilet, sur prescription médicale), mais quelques années de plus pour que la loi soit mise en application (1972) puis encore 3 ans pour  que la pilule soit remboursée (Loi Veil, 1975). Cela n’a pas été sans mal et sans vif débat.

La pilule est une invention qui a profondément changé la vie des femmes – et qui aurait largement mérité le Prix Nobel de médecine. Cela n’a pas été le cas, probablement parce que trop de personnes ont participé à la naissance de la contraception orale. Peu connus du public, les noms qui restent sans doute les plus liés à la mise au point de la contraception orale sont ceux du physiologiste états-unien Gregory Pincus et du chimiste mexicain Luis Miramontes (synthèse du premier progestatif de synthèse, la noréthindrone, en 1951). Bien évidemment des moyens de régulation des naissances existaient avant la pilule, mais il s’agissait soit de moyens irréversibles (et il ne s’agit pas alors de contraception) soit de contraception mécanique (avec une efficacité variable selon les époques et les moyens utilisés, mais globalement beaucoup moins efficace qu’une contraception orale).

 

- Les dernières nouveautés

 

- Depuis juin 2010, le renouvellement d’un contraceptif oral est possible (loi HPST, 2009) par les pharmaciens (dispensation) ou les infirmiers (prescription) pour une durée maximale de 6 mois, à condition que l’ordonnance date de moins d’un an ; l’assurance maladie prend en charge dans ces conditions le remboursement pour les spécialités remboursables. Il s’agit donc d’un prolongement « de dépannage ». (La durée de validité d’une ordonnance médicale est normalement d’un an.) Jusque là, un pharmacien pouvait « dépanner » pour un mois.

- Une bonne nouvelle : le nombre de pilules remboursées augmente. En effet, on en était en effet arrivé à une situation inconcevable et il était grand temps de changer ! Vingt ans après que le remboursement de la pilule par l’assurance maladie ait été inscrit dans la loi, ce qui garantit l‘accès à tous (au moins sur le papier, même si souvent en pratique, les choses ne sont pas si simples), il y a eu un schisme lors de l’arrivée des pilules de 3ème génération au milieu des années 90. Leurs fabricants ont demandé des prix élevés pour ces « nouvelles » pilules, arguant que le rapport bénéfice / risque était meilleur qu’avec les pilules disponibles jusque-là. Devant l’absence de preuve tangible, les autorités françaises ont refusé. Dans la foulée, la plupart des fabricants a choisi le non remboursement, donc le prix libre, non seulement pour les pilules de 3e génération, mais aussi pour les autres. Il y a alors eu négociation entre l’Etat et les fabricants pour qu’au moins un contraceptif oral soit remboursé dans chaque catégorie. La plupart des femmes prend aujourd’hui des pilules non remboursées, globalement 3 à 4 fois plus chères que celles qui sont remboursées : la rumeur dit même que les pilules non remboursées seraient plus efficaces, moins dangereuses et autres racontars !

 

- La pilule du lendemain

 

    Ce n’est qu’en 2004 qu’un médicament a eu en France l’indication « contraception d’urgence ».

Même si la prescription de pilule du lendemain existait déjà, il faut garder à l’esprit que ce n’était pas officiellement autorisé…

 

Françoise Haramburu

 

• Dextropropoxyphène/paracétamol

 

     La France traînait les pieds (voir Infos, n° 101 – novembre 2009) pour mettre en application la recommandation de suspension d’AMM des spécialités contenant du dextropropoxyphène, diffusée il y a plusieurs mois par l’Agence européenne. La Commission européenne a demandé en juin 2010 le retrait d’AMM pour toutes les spécialités contenant du dextropropoxyphène dans un délai maximum de 15 mois. Rappelons les raisons de cette décision : manque de preuve d’efficacité du dextropropoxyphène seul, manque de preuve de supériorité de l’association dextropropoxyphèneparacétamol par rapport au paracétamol seul et surtout risque de décès en cas de surdosage. Les raisons de la « résistance » française : il y avait peu de décès par surdosage volontaire ou accidentel, alors que c’était un mode de suicide très répandu dans plusieurs pays européens.

L’Agence française a mis en place un groupe de travail pour faire des recommandations de prise en charge de la douleur qui devrait être publiées dans un délai assez court.

 

FH

 

• Glitazones : mises en garde et précautions d’emploi

 

      Après évaluation du risque cardiovasculaire de la rosiglitazone (Avandia® ; associée à la metformine : Avandamet®) et de la pioglitazone (Actos® ; associée à la metformine : Competact®), l’Agence européenne recommande de ne plus prescrire de glitazones en cas de maladie cardiaque ischémique ou de maladie artérielle périphérique. Pour rappel, il existe déjà en France une contreindication à l’utilisation des glitazones en cas d’insuffisance cardiaque (ou antécédent) et pour la rosiglitazone (mais pas pour la pioglitazone) en cas de syndrome coronaire aigu.

 

FH

 

• Modafinil : restriction d’indications

 

L’agence européenne vient de réévaluer le bénéfice et le risque du modafinil. Ses conclusions sont de restreindre les indications à la narcolepsie uniquement. En France les autres indications étaient : hypersomnie idiopathique, apnée du sommeil ou apnée obstructive du sommeil avec somnolence diurne résiduelle. Ces indications vont donc être supprimées. En France, le nombre de malades traités est estimé à 7500.

En 2008, la rubrique Effets indésirables de la monographie avait été modifiée, avec l’ajout de possibilité de toxidermie bulleuse (syndrome de Stevens-Johnson) et d’effets psychiatriques (manie, hallucinations, idées suicidaires). Par ailleurs, le modafinil est désormais déconseillé chez l’enfant (risque cutané plus important) et contre-indiqué en cas d’hypertension non contrôlée ou d’arythmie cardiaque. Un plan de gestion de risques va être mis en place, ainsi que des études d’utilisation ; l’usage détourné devra aussi être évalué.

Pour la petite histoire, les données du dossier montraient une large utilisation hors AMM en France, ce qui ne surprendra personne, ainsi qu’une très grosse variation des modalités d’utilisation dans différents pays de l’Union européenne, sachant que les indications officielles n’étaient pas les mêmes partout (le « travail posté » faisait partie des indications dans plusieurs pays européens).

Mais il y a aussi un très large dérapage hors AMM, notamment dans l’addiction, en France comme dans d’autres pays. Il va donc être difficile de redresser la barre !

 

FH

 

 

Numéro 104 – juillet 2010

 

Bulletin d'information du Centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux

 

• Prévention des effets indésirables

 

     Certains médicaments ont des effets indésirables bien identifiés, parfois dès les essais cliniques ;

par chance, il peut y avoir des moyens simples de prévenir leur survenue ou tout au moins de diminuer le risque. Il est vraiment dommage que ces moyens soient négligés. Voici donc quelques injections de rappel :

 

- prasugrel et risque hémorragique

 

     Le prasugrel (Efient®) est « fortement déconseillé » (c’est un euphémisme !) chez les sujets de 75 ans et plus, ainsi que chez ceux pesant moins de 60 kg, en raison d’un risque hémorragique important.

 

- lamotrigine et atteintes cutanées graves

 

     En raison des risques de toxidermie bulleuse (syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell) et de syndrome d’hypersensibilité (avec atteinte viscérale, pouvant se compliquer de CIVD), il est indispensable de respecter des paliers d’augmentation de posologie de lamotrigine (Lamictal® et génériques) en début de traitement, d’adapter la posologie selon les recommandations chez les malades traités par acide valproïque (Dépakine® et génériques), valpromide (Dépamide®) ou divalproate (Dépakote®), d’arrêter immédiatement le traitement en cas d’éruption cutanée survenant au cours des deux premiers mois de traitement et dans ce cas de ne pas réintroduire la lamotrigine ultérieurement (sauf si l’on a la preuve que l’éruption était due à une autre cause que le médicament). Les malades traités doivent être prévenus qu’ils doivent immédiatement consulter en cas de signe cutané ou évoquant une allergie. Le taux d’incidence des atteintes cutanés graves serait de l’ordre de 1 pour 1000 chez l’adulte et serait 3 à 10 fois plus élevé chez l’enfant.

 

Françoise Haramburu

 

• Suspension d’AMM : deux poids, deux mesures ?

 

    Face à deux situations assez proches, l’Agence européenne a eu des conclusions différentes.

Revenons sur ces deux cas :

 

- kétoprofène

 

     La décision de l’Afssaps de suspendre l’AMM du kétoprofène topique (Kétum® et génériques), mûrement réfléchie après 17 ans de commercialisation, de mesures mises en place pour prévenir les cas de photosensibilisation (avec un rebondissement inattendu et une décision du Conseil d’état d’annulation de cette suspension d’AMM) avait, comme c’est le cas pour tout médicament commercialisé dans au moins deux pays de l’Union européenne, déclenché un «arbitrage européen ».

Conclusion de cet « arbitrage » : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et le rapport bénéfice / risque de cet anti-inflammatoire non stéroïdien est favorable. Soulignons au passage que l’Agence européenne a quand même décidé d’appliquer toutes les mesures qui avaient été mises en place au fil des années pour le kétoprofène gel – mesures qui ont montré leurs limites, puisque des cas continuent de survenir. L’élément nouveau qui avait en grande partie motivé la décision française contestée est que les sujets ayant fait une réaction de photosensibilisation au kétoprofène par voie locale peuvent présenter des réactions croisées avec différents médicaments et surtout avec l’octocrylène, un filtre solaire de plus en plus utilisé dans de nombreux cosmétiques (rouge à lèvres, crème hydratante, etc.) ou des produits d’hygiène (gel douche, etc.). Pensez à nous notifier les cas que vous pourriez voir pour que nous les fassions remonter, qu’il s’agisse de photosensibilisation au kétoprofène gel ou de réaction croisée avec d’autres médicaments, des cosmétiques ou des produits d’hygiène.

 

- bufexamac

 

     Cette fois, c’est l’Allemagne qui a suspendu l’AMM, ce qui a déclenché l’arbitrage européen. La situation pour ce médicament (Parfenac®), principalement utilisé en France pour la piqure de moustique (!), est assez comparable à celle du kétoprofène : cas d’allergie de contact, parfois graves (entraînant une hospitalisation). L’Agence européenne a conclu cette fois à un rapport bénéfice/risque défavorable et recommandé la suspension d’AMM, ce qui ne peut que nous réjouir !

     Mais pourquoi diantre deux poids, deux mesures ? Dans les deux cas il s’agit de médicaments topiques, pouvant induire, rarement certes, des effets indésirables parfois graves, dans des indications qui ne relèvent pas de pathologies graves.

 

FH

 

• Mucolytiques, fluidifiants bronchique et hélicidine : contre-indiqués chez le nourrisson

 

    Cette contre-indication est motivée par le risque d’encombrement bronchique avec complications respiratoires chez des nourrissons de moins de 2 ans. Cela concerne les spécialités contenant de l’acétylcystéine, de la carbocistéine, du benzoate de méglumine et l’incontournable bave d’escargot.

    Les spécialités exclusivement destinées aux nourrissons ont été retirées du marché. Pourquoi les français (médecins, malades) sont tellement attachés à la prescription de ces médicaments reste une énigme à résoudre !

 

FH

 

• Acide zolédronique et insuffisance rénale

 

     L’acide zolédronique (Aclasta®) est indiqué dans le traitement de l’ostéoporose chez les sujets à risque de fracture important. Des cas d’altération de la fonction rénale et d’insuffisance rénale sont survenus sous acide zolédronique. Les facteurs de risque sont en particulier une atteinte rénale préexistante, un âge avancé, l’association à des médicaments néphrotoxiques (ex. antiinflammatoires non stéroïdiens) ou à des diurétiques, une déshydratation. L’atteinte rénale peut survenir dès la première administration.

    L’acide zolédronique ne doit pas être utilisé si la clairance de la créatinine est < 35 mL/min (clairance à mesurer avant chaque administration), la créatinine doit être surveillée chez les sujets à risque, l’hydratation doit être correcte avant administration. La posologie, en prise unique, ne doit pas dépasser 5 mg et la durée de perfusion doit être au minimum de 15 minutes.

 

FH

 

• Pas de banalisation du patch !

 

     Après le fentanyl (voir Infos n°101, novembre 2009), des accidents de surdosage sont survenus avec les patches de rivastigmine (Exelon®), le plus souvent parce que le patch précédent n’est pas retiré lors de l’application du nouveau dispositif. Dans le jeu des 4 erreurs, les 3 autres sont de découper le patch, de le placer ailleurs que sur la zone recommandée, de se tromper de dosage (prescription par le médecin ou délivrance par le pharmacien).

 

FH

 

• Saquinavir et allongement des espaces QT et PR

 

     Le saquinavir, associé au ritonavir (Invirase®), peut entrainer un allongement du QT ou du PR, ce qui a été mis en évidence récemment par des études menées chez des volontaires sains. Le saquinavir est donc maintenant contre-indiqué chez les malades ayant un QT long congénital ou acquis ou en cas de facteur favorisant. Il est conseillé de ne pas dépasser la posologie recommandée, de faire un ECG si nécessaire chez les sujets à risque, d’informer les malades sur ce risque.

 

FH

 

Numéro 103 – Janvier 2010 

• Suspension d’AMM du kétoprofène gel : nouveau rebondissement (suspension de la décision)

            Le kétoprofène en gel (Kétum® gel et génériques), anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) topique, est commercialisé en France depuis le début des années 90, au départ dans le traitement symptomatique en traumatologie bénigne (entorses, contusions) et dans la tendinite superficielle ; les indications ont ensuite été élargies à l’arthrose des petites articulations, à la lombalgie aiguë, à la veinite post-sclérothérapie en cas de réaction inflammatoire intense.

Des cas de photo-allergie, parfois graves, sont survenus rapidement après la commercialisation. Il s’agit le plus souvent d’eczéma, parfois bulleux, sur la zone d’application mais parfois aussi à distance (zone controlatérale, mains, etc.), survenant après une exposition solaire, même peu intense. Ces effets ont été analysés à plusieurs reprises par la Commission nationale de pharmacovigilance et différentes mesures ont été prises au cours du temps : contre-indication en cas d’allergie à l’acide tiaprofénique, au fénofibrate, à un produit solaire (en raison de possibles réactions croisées avec le kétoprofène), pictogramme mettant en garde contre l’exposition solaire sur les boîtes, pas de pansement occlusif, protéger par des vêtements les zones traitées (à poursuivre deux semaines après l’arrêt du traitement), lavage soigneux des mains après chaque application. Nous avions repris, il y a quelque temps, tous les cas qui nous ont été signalés au Centre régional de pharmacovigilance de Bordeaux, depuis la commercialisation jusqu’en décembre 2006 : 136 cas, dont 15 ayant entraîné une hospitalisation avec une durée moyenne de séjour de 5 jours. Pour un traitement local d’efficacité très limité, sachant que tous les cas ne sont pas notifiés, loin s’en faut, c’est presque un record…

Malgré toutes les mesures mises en place, alors que le nombre estimé de sujets traités en France a été divisé par environ 3 entre 2001 et 2008, le nombre de notifications de photo-allergie n’a pas diminué (et a même eu tendance à augmenter). En 2008, les ventes de kétoprofène gel représentaient 25 % des ventes d’AINS locaux (le nombre estimé de malades traités a été divisé environ par 3 entre 2001 et 2008); les autres AINS locaux (diclofénac, 61% des ventes en 2008, acide niflumique, piroxicam et ibuprofène) n’ont jamais entraîné de cas de photo-allergie en série. Puis récemment, la mise en évidence d’allergie croisée avec l’octocrylène, utilisé comme filtre dans des crèmes solaires mais aussi dans de très nombreux cosmétiques (crème hydratante, gel- douche, etc.), ont amené l’Agence française à suspendre l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du kétoprofène gel ; la décision a été effective le 12 janvier de cette année, avec retrait des lots en circulation. Comme c’est le cas aujourd’hui pour tous les médicaments disponibles sur le marché d’en des 27 pays de l’Union européenne, l’agence française a informé de cette décision l’Agence européenne, ce qui implique une re-évaluation des effets indésirables au niveau européen (ou « arbitrage européen »).

Entre temps, les laboratoires Ménarini ont déposé fin décembre 2009 une requête auprès du Conseil d’état en contestant la décision française. Le juge des référés a suspendu le 26 janvier la décision du Directeur général de l’Agence française, en attendant une décision définitive sur le fond. Le Kétum® gel peut donc à nouveau être commercialisé!

En dehors de ce débat judiciaire franco-français, l’Agence européenne doit donner son avis, probablement d’ici 6 mois. Si elle conclut, comme la France, que le rapport bénéfice/risque est défavorable, le problème sera réglé. Si tel n’est pas le cas, il ne restera comme possibilité en France que de mettre le kétoprofène gel en réserve hospitalière, avec prescription réservée aux services situés en sous-sol !

Françoise Haramburu

  

 • Médicaments contre l’obésité

 - Orlistat en vente sans prescription : nouvelles contre-indications

L’orlistat en vente sans prescription (Alli® dosage à 60 mg) est indiqué « en cas de surpoids (indice de masse corporelle, IMC >28 kg/m2), associé à un régime modérément hypocalorique et pauvre en graisses ». Les mentions légales ont été modifiées par l’Agence européenne : avis médical indispensable avant utilisation en cas de néphropathie à l’oxalate, en cas de traitement par lévothyroxine (interaction possible avec risque d’hypothyroïdie) ou par anticonvulsivant (acide valproïque, lamotrigine : interaction possible avec risque de convulsions) ; mention du risque de pancréatite médicamenteuse.

Qu’un médicament soit en vente sans ordonnance avec nécessité d’un avis médical dans certaines situations à risque défie toute logique. Notons au passage que juste après les fêtes de fin d’année, les publicités grand public sont réapparues (affichage en ville, pubs dans les journaux), …qui plus est, sans aucune mention sur les risques récemment mis en évidence.

  - Suspension d’AMM de la sibutramine

       Commercialisée en France en 2001, indiquée dans le traitement d’appoint de l’obésité avec IMC = 30 kg/m2 ou IMC = 27 avec autre facteur de risque vasculaire, les modalités de prescription de la sibutramine (Sibutral®) avaient été restreintes en 2002 (prescription initiale annuelle réservée aux spécialistes et/ou aux services spécialisés en endocrinologie et maladies métaboliques, cardiologie et médecine interne). De nombreuses mises en garde et précautions d’emploi accompagnaient la prescription : pas de traitement au-delà d’un an pas de prescription en cas d’antécédents cardiovasculaires, en cas d’hypertension artérielle non contrôlée, surveillance de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque pendant traitement.

Ce sont les résultats d’une étude demandée par les autorités sanitaires qui ont conduit à la suspension d’AMM. Cette étude, portant sur un peu plus de 9 800 sujets, a montré une augmentation du risque de complications cardiovasculaires (accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde) et une efficacité très modérée (reprise de poids après arrêt de traitement). La majorité des malades inclus présentaient des contre-indications à la prescription de sibutramine (contre-indiquer un médicament de l’obésité en cas d’antécédents cardiovasculaires est forcément antinomique…)

En France, le nombre de malades traités par sibutramine en 2009 est estimé à environ 5 500. Depuis la commercialisation, une soixantaine de cas d’effets indésirables avaient été notifiés (moins de la moitié des cas concernait des effets cardiovasculaires, dont 5 cas graves parmi lesquels un décès).  

 - Détournement de sibutramine

     La sibutramine intéressait semble-t-il, beaucoup de monde : en 2007, les préparations magistrales à base de sibutramine avaient été interdites (les restrictions de prescription ne concernaient, jusque-là que la spécialité Sibutral®).

Sur le marché illégal, la sibutramine semblait avoir également du succès. En 2008, après le décès d’une jeune femme en France, l’analyse des gélules qu’elle prenait (Best Life®), achetées hors du circuit légal du médicament, avait montré … de la sibutramine (ainsi que d’autres substances). Début 2009, l’Agence française avait également mis en garde contre des gélules contenant de la sibutramine (Venom Hyperdrive®) après leur interdiction de vente aux Etats Unis.

 

- Série noire ?

             Après le retrait dans les années 90 des anorexigènes amphétaminiques et, plus récemment, du rimonabant (Acomplia® qui a fait courte carrière en France : commercialisation en mars 2007, suspension d’AMM en octobre 2008), du benfluorex (Médiator? qui n’avait pas l’indication obésité mais était aussi utilisé pour « perdre du poids »), maintenant de la sibutramine, y a-t-il encore un avenir pour les médicaments de l’obésité ? Un médicament peut-il contrebalancer les effets de l’évolution du mode de vie (sédentarité alimentation de plus en plus industrialisée, etc.). Face à l’obésité problème de santé publique important dans de nombreux pays du fait de l’augmentation très rapide de sa prévalence, en particulier chez les jeunes, un médicament serait évidemment une réponse simple et pratique. Les médicaments utilisés jusqu’ici n’ont eu qu’une efficacité tout au plus modeste pendant le traitement, avec le plus souvent reprise à l’arrêt du traitement des quelques kilos perdus, parfois au prix d’effets indésirables graves. Plutôt que la pilule miracle qui préviendrait ou ferait disparaître l’obésité la solution ne serait-elle pas simplement des programmes nutritionnels, comportementaux et physiques ? Ce que font d’ailleurs les nutritionnistes depuis longtemps….

 Françoise Haramburu

 

Numéro 99 – août 2007

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

Rappel : Concours "Tous à vos plumes" pour le 100e numéro d'Infos.

Date limite d'envoi des textes : 20 septembre 2007

. Toujours des syndromes extrapyramidaux au métoclopramide chez l'enfant

Ce n'est certes pas un scoop : des syndromes extrapyramidaux continuent de survenir chez l'enfant, lors de surdosages accidentels en métoclopramide (Primpéran®), qui, rappelons le, est un neuroleptique. Soit les parents utilisent une forme adulte disponible dans l'armoire à pharmacie familiale (le dernier cas signalé à Bordeaux est un suppositoire coupé en deux !), soit il y a prescription d'une forme non adaptée à l'enfant.

C'est vraiment désolant de voir que ces effets, connus depuis très longtemps, parfaitement explicables (et donc évitables), continuent de survenir, générant des consultations en urgence, beaucoup d'inquiétude pour les familles, beaucoup d'inconfort pour les enfants, des traitements correcteurs pouvant eux-mêmes générer des effets indésirables, etc. Même si les syndromes extrapyramidaux ont une évolution favorable, il s'agit d'effets particulièrement spectaculaires et d'apparence inquiétante.

À la demande de l'Agence des produits de santé, une lettre de rappel a été envoyée par le fabricant aux médecins généralistes, pédiatres, gastro-entérologues et pharmaciens, pour rappeler que :

- seule la forme 2,6mg/mL Enfants et Nourrissons solution buvable est autorisée chez l'enfant (sauf en cas de chimiothérapie anticancéreuse);

- la posologie par prise est de 0,1mg/kg (soit I goutte/kg), la posologie maximale est de 0,4 mg/kg/24h (IV gouttes/kg) à répartir dans la journée;

- l'intervalle entre deux prises doit être de 6h, même en cas de vomissement partiel du médicament.

Le métoclopramide est inscrit sur liste I et ne peut donc être renouvelé sans prescription médicale.

N'oublions pas qu'il ne s'agit que d'un traitement symptomatique, pas forcément indispensable et qui ne dispense en aucun cas de la réhydratation.

 Françoise Haramburu

 . Pharmacovigilance en France

 Le rapport d'activité 2006 de l'Agence des produits de santé, paru le mois dernier, présente de très nombreux chiffres sur l'activité de l'Agence dans divers domaines. En 2006, il y a eu deux suspension d'AMM ou arrêt de commercialisation pour des raisons de pharmacovigilance (versus 3 en 2005), 26 dossiers examinés par la Commission nationale de pharmacovigilance (vs 27 en 2005), 20 648 cas d'effets indésirables notifiés aux centres régionaux de pharmacovigilance et enregistrés dans la base de données nationale, dont 10472 effets graves (50,7%). Ces effets sont majoritairement notifiés par des médecins (86%, dont seulement 2% de généralistes) ; les pharmaciens sont à l'origine de 11% des notifications, les 3% restants étant dans la catégorie "autres" (infirmiers, dentistes, etc.).

Les effets "remontant" par le canal industriel représentent 18 093 fiches d'effets indésirables (vs 18 274 en 2005, ce qui correspondait en fait pour l'année 2005 à 7848 cas, après exclusion des doublons et des suivis (données consolidées non disponibles pour 2006).

Françoise Haramburu

 . Produits de contraste gadolinés, suite

Après l'Omniscan® (voir Infos n° 93, février 2007), le Magnevist® (gadopentate diméglumine) a également été mis en cause dans la survenue de fibrose systémique néphrogénique : une contre-indication a été ajoutée, comme pour l'Omniscan®, chez les malades ayant une insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine < 30 mL/min/1,73m2). Ces deux spécialités sont utilisées pour les IRM.

Françoise Haramburu

. Risque de diffusion de la toxine botulinique

La toxine botulinique peut diffuser à distance du site d’injection et entraîner des effets graves, rares, parfois mortels : faiblesse musculaire massive, dysphagie, pneumopathie d’inhalation. Les malades ayant une atteinte neurologique préexistante ou des troubles de la déglutition sont plus à risque. Par ailleurs, l’Agence des produits de santé rappelle que les quatre spécialités sur le marché (Botox®, Dysport®, NeuroBloc®, Vistabel®) ne sont pas équivalentes en termes de dosage en unités de toxine botulique et les posologies ne sont pas interchangeables d’une spécialité à l’autre. Les trois premières sont en réserve hospitalière, seule la dernière est autorisée dans les indications esthétiques. Rappelons que la toxine botulinique fait partie des poisons les plus violents connus.

 Françoise Haramburu

. Surdosage mortel en lopinavir / ritonavir chez l'enfant

A la suite d'un surdosage mortel chez un nourrisson de 44 jours, prématuré (né à 30 semaines de grossesse) et infecté par le VIH, ayant reçu l'association d'antiprotéases lopinavir / ritonavir (Kaletra®) (6,5 mL de solution buvable), le fabricant a envoyé, à la demande de l'Agence des produits de santé, une lettre d'information rappelant que la forme solution buvable de ce médicament est contre-indiquée avant 2 ans et que la posologie chez l'enfant est calculée en fonction de la surface corporelle. (Les recommandations posologiques mentionnent aussi des surfaces corporelles très inférieures à celles d'un enfant de 2 ans, ce qui, évidemment, n'incite pas au respect de la contre-indication chez les nourrissons de moins de 2 ans !)

Aux toutes dernières nouvelles, l'étiquetage ne serait pas clair et il y aurait confusion possible entre la dose par mL et la dose par flacon.

 Françoise Haramburu

. Corticoïde retard intravitréen et toxicité oculaire

Des injections de triamcinolone retard (Kénacort®) en intravitréen peuvent entraîner des effets graves au niveau de l'oeil : endophtalmie, inflammation oculaire, augmentation de la pression intraoculaire, troubles de la vision, voire cécité. Il s'agit d'un dérapage, car les seules voies d'administration autorisées pour ce corticoïde retard sont la voie intramusculaire ou la voie locale (cicatrices et voie intra-articulaire).

 Françoise Haramburu

. Rimonabant : du remous

 Après le refus d'autorisation de mise sur le marché du rimonabant (Acomplia®) aux Etats Unis par la Food and Drug Administration, notamment en raison du risque suicidaire, l'Agence européenne a rapidement revu sa copie et diffusé un communiqué de presse, mentionnant de nouvelles contre-indications: dépression, traitement par antidépresseurs et recommandant la plus grande prudence en cas d'idées suicidaires. Cet antagoniste du système endocannabinoïde est réservé au traitement du surpoids (IMC > 27 kg/m2) et de l'obésité (IMC > 29 kg/m2), avec facteurs de risque associés (diabète de type 2, hyperlipémie, etc.) en complément d'un régime hypocalorique et d'exercice physique.

Dès que l'on parle de poids, c'est souvent n'importe quoi : vu sur des forums Internet, des propositions de ventes de boîtes de rimonabant (objectif de perte de poids atteint ou bien idées suicidaires et arrêt du médicament et dans les deux cas, boite "de reste" à vendre !). Bonjour, la santé publique !

 Françoise Haramburu

Quelques informations en vrac (voir site Afssaps)

 . Rappel de calculateurs d'estimation de surface corporelle

 Deux modèles de calculateurs de surface corporelle, distribués entre 1996 et 2001 par les Laboratoires Pharmacia, entraînent une surestimation de la surface corporelle, donc la prescription d'une posologie excessive de somatotropine recombinante (Génotonorm®), notamment en cas de taille < 100 cm et de poids <14 kg, où la posologie est environ deux fois celle recommandée.

 . Dentifrices contaminés au diéthylèneglycol (DEG)

 L'alerte au DEG (solvant, antigel) date de début juillet. De nouvelles informations arrivent depuis, au fur et à mesure des résultats des contrôles. Dernière en date, présence de DEG dans des kits distribués par des collectivités ou des associations (mairies, écoles, assurance maladie, etc.) pour des campagnes de prévention bucco-dentaire. Des contaminations bactériennes ont également été retrouvées dans différents dentifrices. Point commun entre dentifrices au DEG et dentifrices avec bactéries : tous arrivent de Chine.

 

Numéro 98 – juillet 2007

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Véralipride retiré du marché en septembre

 Nous avions mentionné en 2005 (voir Infos n°78, juillet 2005) le retrait du marché espagnol du véralipride (Agréal®), du fait de la survenue d’effets indésirables psychiatriques. À la suite de ce retrait, le rapport bénéfice/risque de ce médicament avait été re-évalué en France et dans les autres pays européens où il était commercialisé (Belgique, Italie, Luxembourg et Portugal). Le véralipride avait été maintenu sur le marché, tout en renforçant les recommandations d’utilisation (voir Infos n°88, mai 2006). Afin d’adopter une position commune au sein de l’Europe, une re-évaluation a été entreprise par l’Agence européenne du médicament (EMEA) et a conclu à une balance bénéfice/risque défavorable, en raison des effets psychiatriques et des syndromes extrapyramidaux (rappelons que le véralipride est un neuroleptique). Le retrait du marché du véralipride sera effectif en septembre 2007.

Il est donc recommandé de ne pas débuter de nouveau traitement par véralipride et d’informer les femmes actuellement traitées. Chez certaines femmes, un arrêt brutal de véralipride pouvant entraîner un syndrome de sevrage, avec notamment des syndromes anxieux et/ou dépressifs, il est recommandé de faire un sevrage progressif sur une période d’une à deux semaines, voire plus (par exemple, une gélule tous les 2 jours la première semaine, puis une gélule tous les 3 jours la semaine suivante). Cette recommandation est un peu empirique (il n'y a évidemment pas de données solides pour la justifier), mais relève du bon sens.

C'est d'ailleurs pour cette raison que le retrait effectif du marché a été programmé à l'avance, pour avoir le temps de faire un arrêt progressif. En revanche, chez les femmes traitées 20 jours par mois et ne présentant pas d'effet indésirable lors des fenêtres thérapeutiques, le véralipride peut être interrompu sans précaution particulière.

 Amélie Daveluy

. Nelfinavir et contamination

 Au départ, il s'agissait d'un rappel de lots de nelfinavir (Viracept®), antiprotéase, intervenu début juin 2007, dû à la découverte d'un agent contaminant, l'éthyle mésylate (ESM). Ce produit a été mis en évidence après plusieurs signalements, par des malades, d'une odeur bizarre des comprimés. Il s'agit d'une substance génotoxique, cancérigène et tératogène chez l'animal. On ne sait pas à ce jour s'il existe une toxicité du même type chez l'homme. Un rappel d'information incitant tous les malades traités à consulter leur médecin a été diffusé quelques jours plus tard, avec une suspension d'AMM dans toute l'Europe. Au niveau européen, il a été décidé  d'organiser un suivi des malades traités depuis mars 2007 (la France ayant prévu, en plus, de suivre les femmes enceintes exposées et les enfants exposés in utero depuis le début de l'utilisation du nelfinavir). Courant juillet, de nouvelles informations sont arrivées : si les concentrations d'ESM étaient très importantes dans les lots commercialisés depuis mars 2007, l'ESM a été également retrouvé dans des lots antérieurs, à des concentrations beaucoup plus faibles. Un suivi de tous les malades traités depuis la commercialisation (1998) va donc être mis en place en France. Le directeur général de l'Agence des produits de santé a écrit à tous les médecins, hospitaliers et libéraux, pour leur demander d'identifier tous les sujets ayant été traités par nelfinavir depuis la commercialisation et les enfants exposés in utero et d'essayer de rassembler les périodes d'exposition et si possible, les numéros de lots. (Ne rien envoyer à l'Agence pour l'instant.)

 Françoise Haramburu

. Piroxicam

 L’Agence européenne a re-évalué le rapport bénéfice/risque du piroxicam (Feldène® et génériques) et modifié les conditions de prescription. En raison des risques d’effets cutanés et digestifs (importants et bien connus depuis longtemps pour tous les AINS, particulièrement les oxicams !), le piroxicam est désormais réservé au traitement symptomatique de l’arthrose, de la polyarthrite rhumatoïde et de la spondylarthrite ankylosante en seconde intention, sans dépasser 20mg/24h. Le traitement ne doit pas en principe dépasser 2 semaines. Le traitement doit être instauré « par un médecin ayant l’expérience de la prise en charge de patients atteints de pathologies rhumatismales dégénératives ou inflammatoires ». Il faut « envisager » (sic !) la prescription simultanée d’un gastro-protecteur. Le piroxicam est contre-indiqué en cas d’antécédents de saignements digestifs ou de réactions cutanées avec tout autre médicament ; il est contreindiqué en association avec un autre AINS ou un anti-coagulant. Les formes topiques ne sont pas concernées par ces modifications.

 Françoise Haramburu

. Fondaparinux : dérapage non contrôlé

 Présenté au départ comme un anticoagulant comportant peu de risque et ne nécessitant pas de surveillance particulière, le fondaparinux (Arixtra®) a entraîné des accidents hémorragiques, parfois chez des malades traités hors indication. Les indications ont à l’évidence dérapé…

Une lettre envoyée à la plupart des médecins par le laboratoire fabricant, à la demande de l’Agence des produits de santé, rappelle quelques éléments importants :

- en 25 mois, 122 accidents hémorragiques ont été notifiés à la pharmacovigilance française. IL s'agit souvent de sujets âgés et/ou insuffisants rénaux. Dans un tiers des cas, la prescription ne correspondait pas aux indications officielles (phlébites superficielles, thrombopénie induite par l’héparine, fibrillation auriculaire, etc.),

- les seules indications autorisées sont : la prévention des accidents thrombo-emboliques veineux en chirurgie orthopédique majeure du membre inférieur telle que fracture de hanche, chirurgie majeure du genou, prothèse de hanche ; la prévention des accidents thrombo-emboliques veineux en chirurgie abdominale chez le patient à haut risque ; la prévention des accidents thrombo-emboliques chez le patient à haut risque alité pour une affection médicale aiguë ; le traitement des thromboses veineuses profondes aiguës et des embolies pulmonaires (sauf en cas d’instabilité hémodynamique ou de nécessité de thrombolyse ou d’embolectomie pulmonaire).

Le fondaparinux est contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale (clairance de la créatinine < 20 mL/min pour un traitement préventif et < 30 mL/min pour un traitement curatif). Rappelons que le traitement curatif induit un risque hémorragique plus important et que la prudence est indispensable chez le sujet âgé.

 Françoise Haramburu

 

. Bévazucimab et fistule trachéo-oesophagienne

 Le bévazucimab (Avastin®) a actuellement comme seules indications le traitement en première intention du cancer colorectal métastatique (en association) et le traitement de première intention du cancer du sein métastatique (en association également). Quelques cas de fistule trachéo-oesophagienne (deux cas confirmés, un troisième fortement suspect) ont été notifiés chez des malades traités, hors indication, pour cancer bronchique à petites cellules.

D’autres fistules ont déjà été décrites avec le bévazucimab (fistules digestives, entre 1 et 10% chez les malades traités pour cancer digestif, autres localisations de fistules, plus rares, chez des malades traités pour divers cancers), apparaissant assez précocement (presque toujours au cours des six premiers mois de traitement), L’arrêt du traitement est évidemment recommandé en cas d’apparition d’une fistule, quelle que soit sa localisation. Des nouvelles recommandations d’utilisation seront diffusées sous peu.

 Françoise Haramburu

 

. Cystéamine et syndrome de type Ehlers-Danlos

La cystéinamine (Cystagon®) est un médicament orphelin utilisé dans la cystinose néphropathique : 6 cas (première alerte en décembre 2004) de syndrome de type Ehlers-Danlos sont survenus chez des enfants traités par ce médicament, à une posologie supérieure à celle recommandée. Devant la gravité potentielle de cet effet, les conditions d’utilisation ont été modifiées. La posologie ne doit plus être calculée en mg/kg/j mais en g/m2 /j (posologie recommandée : 1,30g/m2/jour, exprimée en base libre, répartie en quatre prises).

 Françoise Haramburu

 

Numéro 97 – juin 2007

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Durée de conservation d’un flacon de solution buvable après ouverture : l'exemple étonnant du paracétamol

 Sur la boîte d’un flacon de Doliprane®2,4% sans sucre, il est demandé de bien noter la date d’ouverture du flacon. Il s’agit là d’une recommandation bien légitime pour un médicament qui, après ouverture du flacon, est à risque de contamination bactérienne et de diminution d’efficacité... sauf que nulle part, que ce soit sur la notice, le flacon, l’emballage carton, ni même le dictionnaire Vidal®, on ne retrouve la durée de conservation après ouverture du flacon !!! Doit-on considérer la date de péremption comme date limite ? Doit-on jeter le flacon dès la fin du traitement ? après un mois ? 6 mois ?

Nous avons donc appelé les trois laboratoires commercialisant du paracétamol en solution buvable pour avoir une réponse à cette intéressante question. La durée de conservation de Doliprane®2,4% sans sucre serait de 1 mois après ouverture ; celle de Dolko® solution buvable, de 15 jours après ouverture et celle d’Efferalgan® 3% pédiatrique, de 6 mois après ouverture. Les durées de conservation sont donc bien différentes d’une spécialité à l’autre, parfois très courtes et pourtant, aucune information n’est apportée sur ce sujet. S’il est possible de s’apercevoir que la solution n’est plus stable (odeur, couleur, aspect différents - quoique, pour une fièvre en plein milieu de nuit, on puisse douter de l’acuité des sens de certains parents), il est tout de même impensable de ne pas avertir d’un risque éventuel de diminution d’efficacité d’un médicament passé un certain délai après ouverture du flacon !

 Amélie Daveluy

. Pilule du lendemain et IVG 

Utilisée depuis les années 70, la pilule du lendemain est désormais disponible dans de nombreux pays, le plus souvent en vente sans ordonnance. Un éditorial paru il y a quelques mois, pose la question de son efficacité et de son utilité. En effet, la mise à disposition large de la pilule du lendemain laissait supposer que le nombre d'IVG diminuerait. Dans les pays où elle est disponible, le recours à la pilule du lendemain augmente. Par exemple, au Royaume Uni, son utilisation chez des femmes consultant pour IVG est passée de 1% en 1984, à 6% en 1996 et 12% en 2002 (ne pas conclure de ces chiffres que c’est inefficace, puisqu’il s’agit d’utilisation passée, pas forcément juste avant la demande d’IVG). Malgré cette augmentation, le nombre d’IVG au Royaume Uni n’a pas diminué mais augmenté, passant de 11 pour 1000 femmes de 15 à 45 ans en 1984 à 17,8 pour 1000 en 2004. Le même phénomène existe en Suède. En France, le nombre d’IVG est également très stable malgré un accès facile à la pilule du lendemain (vente en pharmacie sans ordonnance). Certaines recommandations (non officielles en France) d’avoir toujours sous la main une pilule du lendemain semblent peu influencer le nombre de grossesses non désirées. Au total, la pilule du lendemain est probablement efficace (bien que non étudiée vs placebo pour des raisons évidentes !), sans doute utile, mais ce sont probablement ses conditions d’utilisation qui ne sont pas optimales. Elle ne peut en tout cas sûrement pas remplacer une contraception.

1. Glasier A. BMJ 2006;333; 560-1

 Françoise Haramburu

. Mifépristone, re-évaluation par l’Agence européenne

À la demande de l’Agence française des produits de santé, une harmonisation de l’utilisation de la mifépristone en Europe a été faite. La posologie de mifépristone reste inchangée (600mg de mifépristone, suivie 36 à 48h plus tard de 400mg de misoprostol). Mais la possibilité d’interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse au-delà de 49 jours et jusqu’à 63 jours a été introduite : mifépristone associée à une autre prostaglandine, le géméprost, 1mg par voie vaginale.

L’Agence des produits de santé rappelle que la mifépristone et surtout la prostaglandine doivent être utilisées conformément aux recommandations.

 Françoise Haramburu

. Voie intrathécale : risque mortel avec les vinca-alcaloïdes

La toxicité neurologique des alcaloïdes de la pervenche est bien connue depuis longtemps.

Mais des cas d'administrations par erreur par voie intrathécale surviennent toujours… De 2000 à 2006, sept cas (tous mortels) ont été notifiés à la pharmacovigilance française. On peut d'ailleurs malheureusement supposer que ce chiffre est loin de la réalité, tous les cas survenus n'ayant probablement pas été notifiés. Le directeur général de l'Agence des produits de santé a envoyé une lettre dans tous les hôpitaux publics et privés pour rappeler la contre-indication de la voie intrathécale et les précautions destinées à éviter ces erreurs.

 Françoise Haramburu

. Contre-façons de médicaments

La contre-façon de médicaments n'est pas une nouveauté, mais les pays "riches" étaient, jusqu'à peu, relativement épargnés en raison de nombreux contrôles des autorités sanitaires. Depuis trois ans, les médicaments contrefaits ont fait une nette percée en Europe et récemment ont même été retrouvés dans les circuits officiels de distribution du médicament, notamment aux Pays Bas, en République tchèque et au Royaume Uni (voir Infos n°93, février 2007). En 2006, entre février et mars, les douanes françaises ont saisi plus de 360 000 comprimés de faux Viagra®, ce qui laisse imaginer les quantités contrefaites qui pourraient circuler. Internet participe évidemment beaucoup à la diffusion des contre-façons : plus de la moitié des médicaments proposés à la vente sur des sites Internet seraient contrefaits. Les médicaments ne sont pas les seuls "produits de santé" concernés : des contre-façons de lentilles de contact ont par exemple déjà été retrouvées en France. L'Agence des produits de santé et le conseil de l'ordre des pharmaciens ont conjointement rédigé un guide destiné aux pharmaciens, ainsi qu'une plaquette pour le public.

 Françoise Haramburu

Quelques informations en vrac (voir site Afssaps)

. Thesaurus des interactions médicamenteuses : la mise à jour, très attendue, est enfin parue. Elle est téléchargeable à l'adresse : afssaps.sante.fr/htm/10/iam/indiam.htm

. Ventes de médicaments en ville et à l'hôpital : la dernière édition vient de sortir.

. Crèmes solaires : un dépliant très pratique a été diffusé par l'Agence des produits de santé, après l'harmonisation des mentions, permettant de savoir en fonction du type de peau et des conditions d'exposition solaire quelle crème choisir.

. Plan canicule : en attendant soleil et chaleur, le plan canicule a été réactivé ; penser aussi à ajuster les posologies ou arrêter certains médicaments en cas de canicule (mais pour l'instant, pas de canicule en vue !)

 

Numéro 96 – mai 2007

 Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 Stupéfiants : du nouveau dans la réglementation

 Le décret du 7 février 2007 est destiné à simplifier et surtout moderniser la délivrance et les procédures de contrôle et de suivi des médicaments stupéfiants. Il entraîne peu de modifications pour la prescription (donc pour les médecins) mais de nombreuses simplifications pour les pharmaciens (qui avaient été les oubliés des simplifications antérieures). Les principaux éléments contenus dans ce décret sont :

- pour les médecins : support de prescription inchangé (ordonnance sécurisée) ; pour les médicaments dont la délivrance est fractionnée (buprénorphine, fentanyl par voie transdermique ou transmuqueuse, flunitrazépam, méthadone), il faut mentionner la durée de traitement correspondant à chaque fraction ou noter « délivrance en une seule fois » pour exclure le fractionnement. Rappelons qu'il est obligatoire d'écrire les dosages, quantités, etc. en toutes lettres pour tous les médicaments stupéfiants (ou soumis en partie à la réglementation des stupéfiants, ce qui est le cas de la buprénorphine, du flunitrazépam, du clorazépate dipotassique).

- pour les pharmaciens d’officine et les grossistes répartiteurs, il devient possible d’utiliser un registre informatisé commun pour tous les médicaments. La durée de validité de l'ordonnance pour la délivrance est portée d'un à trois jours. Ce décret met également fin à l’obligation de faire coter et parapher l’ordonnancier par le maire ou le commissaire de police et à l’utilisation du carnet à souches pour les commandes de stupéfiants. Enfin, la présence du pharmacien inspecteur n’est plus requise lors de la destruction des stupéfiants périmés, altérés ou retournés. Celle-ci doit être effectuée en présence d’un autre pharmacien d’officine (désigné par le conseil régional de l’ordre des pharmaciens) ou d’un huissier, pour les grossistes répartiteurs.

 Amélie Daveluy

• Homonymes ?

Dans le dernier numéro (voir Infos, n°95 avril 2007), nous signalions qu’une spécialité pharmaceutique dont l’autorisation de mise sur le marché (AMM) est suspendue, peut réapparaître sur le marché, avec une autre composition ou un autre statut. C’est le cas de Neuriplège® crème, dont l’autorisation de mise sur le marché a été suspendue en février 2007. Dans les semaines qui ont suivi, Neuriplège® est revenu ! Plus de proéthazine (qui était responsable des effets indésirables ayant motivé le retrait du marché), plus de statut de médicament mais celui de dispositif médical, plus d'indication mais une action « chauffante et calmante » (sic !)

Les exemples ne manquent pas : en 2005, plusieurs spécialités contenant des antibiotiques à usage topique qui avaient eu une suspension d’AMM (Solutricine®, Locabiotal®, etc.) sont immédiatement réapparues, sans antibiotique dans la composition. L’AMM du Respilène® avait été suspendue en 1995 : cette spécialité contenait à l’époque du zipéprol, antitussif convulsivant, parfois détourné pour abus et inscrit sur la liste des stupéfiants en raison d'un classement international. La même spécialité est aussitôt réapparue sur le marché, toujours comme antitussif, mais cette fois contenant de la pholcodine. Est ce vraiment raisonnable ?

Pis encore : un malade de la région, parti en Espagne en ayant oublié de prendre suffisamment de fluindione, s’est vu délivrer, lors de sa demande de Préviscan® de la pentoxifylline, car le pharmacien espagnol en cherchant dans un livre de référence a trouvé un « Préviscan® » argentin, contenant de la pentoxifylline (le malade a fait un accident vasculaire cérébral ischémique au bout de 10 jours de ce traitement « pour le sang »). L'homonymie va en effet au delà des retraits du marché, changements de composition, etc. Le nom de marque d'un médicament, en principe déposé et protégé, est parfois utilisé dans un autre pays pour désigner une toute autre molécule, ce qui était le cas pour le Préviscan®.

 Françoise Haramburu

 

. Tianeptine et dépendance

 Connue depuis de nombreuses années, la possibilité de pharmacodépendance à la tianeptine (Stablon®) vient enfin d’être officiellement reconnue et est désormais mentionnée dans la monographie. Jusqu’ici, il était même mentionné dans la rubrique Pharmacodynamie, que la tianeptine était « dépourvue (…) d’effet toxicomanogène » (ce qui figure encore dans l'édition papier du dictionnaire Vidal® 2007) !

Ce risque d’abus et dépendance a fait l’objet d’une lettre envoyée aux médecins généralistes et psychiatres par le fabricant à la demande de l’Agence des produits de santé. Cette lettre mentionne 141 cas d’abus ou dépendance signalés entre 1989 et 2004. Moins de 10 cas par an pourrait paraître peu. Mais évidemment, ce nombre ne tient pas compte de la sous-notification. Ce courrier mentionne d’ailleurs un taux estimé de l’ordre de 1 à 3 cas d’abus ou dépendance pour 1000 sujets traités, chiffres provenant des données d’une caisse régionale d’assurance maladie. On peut d’ailleurs supposer que ces chiffres sont également sous-estimés : on peut aisément imaginer que toutes les quantités achetées en cas d'abus ne seront pas forcément remboursées, car des demandes de remboursement anormalement élevées vont entraîner un jour ou l’autre des contrôles de l’assurance maladie.

Ces cas de dépendance ou d’abus correspondent le plus souvent à des sujets de moins de 50 ans, ayant des antécédents d’addiction (alcool, tabac, benzodiazépines, héroïne, etc.). Les analogies avec une molécule très proche retirée du marché en 1999 pour les mêmes raisons, l’amineptine (Survector®), sont nombreuses : l’arrêt brutal entraîne un syndrome de sevrage ; le sevrage est difficile ; compte tenu de la prévalence de la dépendance relativement faible (en tout cas, pas suffisante pour générer des profits suffisants au goût des trafiquants), la tianeptine n'est pas disponible au marché noir et le seul moyen d'en trouver est le circuit médical : la majeure partie de la journée est alors passée à consulter des médecins, puis à aller dans des pharmacies, car la tolérance est parfois très importante, avec parfois des consommations de plusieurs dizaines de comprimés par jour.  

Françoise Haramburu

 • Contre-indications

 Passées un peu inaperçues, les nouvelles dispositions européennes prévoient uniquement des contre-indications absolues. Exit donc les contre-indications relatives, qui deviennent des mises en garde. En pratique, cela devrait nécessiter beaucoup d'actualisation des monographies de médicaments.

Françoise Haramburu

 

Numéro 95 – avril 2007

 Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 • Linézolide : restriction d’indication

 Le linézolide (Zyvoxid®) est un antibiotique de la classe des oxazolidones. Les résultats d’un essai clinique récent ont entraîné une restriction des indications. Dans cet essai, randomisé et en ouvert, la mortalité était plus importante dans le groupe linézolide (22%) que dans le groupe comparateur (vancomycine remplacée par oxacilline ou dicloxacilline le cas échéant, 6%). La mortalité était identique dans les deux groupes quand l’infection initiale était exclusivement à Gram positif. Le linézolide est désormais réservé aux infections compliquées de la peau et des tissus mous documentées à bactérie Gram positif sensible. En cas d’infection associée, documentée ou suspectée, à germe Gram négatif, le linézolide ne doit être utilisé qu’en l’absence d’alternative. Un antibiotique couvrant les germes à Gram négatif doit être mis en place simultanément. Le linézolide peut être utilisé dans la pneumonie nosocomiale ou la pneumonie communautaire à bactéries à Gram positif sensibles documentées ou suspectées ; si un germe à Gram négatif est documenté ou suspect, un antibiotique adapté doit être prescrit.

 Françoise Haramburu

• Rituximab et leuco-encéphalopathie

Deux cas mortels de leuco-encéphalopathie multifocale progressive ont été rapportés chez des malades atteints de lupus érythémateux dissémine et recevant du rituximab. Un troisième cas de leuco-encéphalopathie, non mortel, est survenu chez un malade ayant une vascularite. Dans les trois cas, la leuco-encéphalopathie est survenue dans l’année qui a suivi le début du traitement. La leuco-encéphalopathie est une maladie rare, progressive, qui entraîne une démyélinisation du système nerveux central, le plus souvent mortelle. Elle est déclenchée par l’activation du virus JC, polyomavirus présent chez 80% des sujets sains, qui n’entraîne une leuco-encéphalopathie que chez les sujets immunodéprimés (y compris présentant un lupus ou une vascularite). Le rituximab est un anticorps monoclonal chimérique recombinant, dont les seules indications sont à ce jour le lymphome non hodgkinien et la polyarthrite rhumatoïde. Que le rituximab soit en cause ou que ce soit la maladie traitée, cela doit conduire à la plus grande prudence et au respect des indications recommandées. 

Ghada Miremont-Salamé

 

• Suspension de commercialisation de Jonctum Cica® Crème réparatrice

Mise sur le marché en janvier 2007, il s’agit d’un cosmétique destiné à « réparer les peaux irritées ». Lors d’un essai clinique destiné à évaluer l’effet cicatrisant de cette crème, des effets indésirables ont été observés chez les 16 sujets participant à l’essai, dont 7 cas considérés comme graves. L’essai a été interrompu et le « cosmétique », vendu en pharmacie et parapharmacie, retiré du marché. Depuis la commercialisation, 3100 tubes avaient été mis sur le marché. L’Agence des produits de santé demande aux utilisateurs potentiels de ne plus utiliser cette crème et de la ramener dans une pharmacie.

A signaler : Jonctum®10% crème, contenant de l’oxacéprol, qui est un médicament et pas un cosmétique, utilisé dans le traitement d’appoint des brûlures de faible étendue n’est pas concerné.

Nous reviendrons dans un prochain bulletin sur ces bizarreries administratives où un même nom désigne parfois des choses très différentes.

 Françoise Haramburu

 

• Oseltamivir : modifications de l’information

 L’oseltamivir (Tamiflu®) a bénéficié au cours des derniers mois d’une publicité involontaire puisque de nombreux états ont fait des stocks en vue d’une pandémie de grippe aviaire. Il a également fait l’objet, dans la presse grand public, de plusieurs articles sur les risques d’effets psychiatriques et notamment sur le risque suicidaire.

L’Agence européenne a modifié la teneur de la monographie à la suite de nouveaux cas d’effets neuropsychiques survenus au Japon chez des enfants et des adolescents : comportement inhabituel, hallucinations, troubles de la conscience.

En France, les effets indésirables notifiés avec l’oseltamivir sont essentiellement cutanés et digestifs, dont quatre survenus chez des enfants âgés de 3 à 9 ans, non graves et d’évolution favorable.

 Françoise Haramburu

• Pergolide : retrait du marché aux Etats-Unis

Dès 2003 et à plusieurs reprises depuis, plusieurs mises en garde ont été diffusées en France sur le risque de valvulopathies et/ou de fibrose sous pergolide (Célance®). Il s’agit d’un agoniste dopaminergique, dérivé de l’ergot de seigle, utilisé dans la maladie de Parkinson : cela ne surprendra personne que de tels effets puissent survenir. Le pergolide est commercialisé en France depuis 2000. Un bilan récent de pharmacovigilance en France en février 2007 ne montrait pas de nouveau cas de valvulopathie depuis 2004, alors que des mesures visant à prévenir le risque avaient été mises en place en janvier 2005 (indication passée en seconde intention, initiation de traitement réservée aux neurologues, bilan cardiovasculaire avant traitement et suivi échographique des malades traités, posologie maximale de 5 mg/j, contre-indication en cas de valvulopathie ou d’antécédent de fibrose).

À la suite de publications sur le risque de valvulopathie, la Food & Drug Administration, l’Agence du médicament aux Etats Unis, a décidé de suspendre l’autorisation de mise sur le marché.

Le dossier doit être examiné sous peu à l’Agence européenne.

 Françoise Haramburu

 • Miglustat et études de cancérogenèse animale

 Le miglustat (Zavesca®) est un médicament orphelin utilisé dans la maladie de Gaucher. Des études récentes de cancérogenèse animale ont montré, chez la Souris, une augmentation de l’incidence des colites et des adénocarcinomes du colon ; chez le Rat, une augmentation de l’incidence des hyperplasies cellulaires interstitielles testiculaires et des adénomes testiculaires. Il n’y a pas, à ce jour, d’élément qui permettrait d’extrapoler ces données à la clinique.

 Françoise Haramburu

 

Numéro 94 - mars 2007

 Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 

• Attention au surdosage en codéine chez l’enfant

 Des erreurs de prescription avec la codéine chez l’enfant (Codenfan®) ont récemment entraîné des cas de surdosage. La posologie initiale pour la codéine est de 0,50 mg/kg/prise. Dans les cas de surdosage, cette posologie avait souvent été doublée. Il est recommandé de prescrire en mg. La posologie maximale à ne pas dépasser (ce qui ne doit pas être forcément assimilé à la posologie habituelle) est de 6 mg/kg/j. Il ne faut pas administrer de dose supplémentaire en cas de somnolence ni en cas d’échec du traitement.

 Françoise Haramburu

 

 • Rosiglitazone et augmentation de l’incidence des fractures chez les femmes ?

 Les résultats d’un essai clinique montrent une augmentation de l’incidence des fractures chez des femmes traitées au long cours par rosiglitazone. Il s’agissait de fractures au niveau des pieds, des mains et des membres supérieurs, plus fréquentes sous rosiglitazone que dans les groupes traités par metformine ou glimépiride. Il n’y avait pas de différence en ce qui concerne les fractures classiquement observées dans l’ostéoporose de la ménopause (fracture du col du fémur, fracture vertébrale) ; de même, il n’y avait pas de différence entre les trois groupes de traitement chez les hommes. À suivre, donc.

 Françoise Haramburu

 

• Efazulimab et polyradiculonévrite

 L’éfazulimab (Raptiva®), anticorps monoclonal humanisé recombinant, est utilisé dans le traitement du psoriasis en plaques, modéré à sévère et chronique de l’adulte en cas d’échec, d’intolérance ou de contre-indication à la ciclosporine, au méthotrexate ou à la puvathérapie. Fin 2006, trois cas de syndrome de Guillain Barré ou assimilé et deux cas de myélite transverse avaient été notifiés au niveau mondial. L’évolution a été favorable à l’arrêt de l’éfazulimab. La mention de ce possible effet indésirable a été introduite dans la monographie par l’Agence européenne.

 Françoise Haramburu

 

• Eptifibatide : ajuster la posologie en cas d’insuffisance rénale

 L’eptifibatide (Intégrélin®) est un antiagrégant plaquettaire utilisé dans la prévention de l’infarctus du myocarde lors d’angor instable ou d’infarctus sans onde Q, avec un dernier épisode douloureux au cours des 24 dernières heures, avec modifications électrocardiographiques et/ou élévation des enzymes cardiaques.

Une étude de pharmacocinétique chez des insuffisants rénaux a montré une diminution de la clairance de l’eptifibatide d’environ 50 % chez les malades avec insuffisance rénale modérée à sévère (ClCr < 50 mL/min) : l’adaptation de posologie permet de diminuer le risque de saignement. L’eptifibatide reste contre-indiqué en cas d’insuffisance rénale sévère (ClCr < 30mL/min).

L’autorisation de mise sur le marché (AMM) est européenne ; elle date de 1999 et avait été révisée en 2005, alors que l’étude cinétique a été publiée en 20041 et était probablement passée inaperçue ?  

Françoise Haramburu

1. Gretler DD, Guerciolini R, Williams PJ. Pharmacokinetic and pharmacodynamic properties of eptifibatide in subjects with normal or impaired renal function. Clin Ther. 2004; 26 :390-398.

 

• Classement de l’iboga

 L’iboga (Tabernanthe iboga) est un arbuste de l’Afrique de l’Ouest, notamment Gabon, Cameroun et Congo. C’est une plante hallucinogène utilisée en Afrique de façon traditionnelle au cours de rites initiatiques et religieux. Depuis quelques années, son utilisation se répand en Europe, notamment dans les milieux New Age. L’iboga contient différents alcaloïdes, dont l’ibogaïne. Cette dernière est psychostimulante à faible dose et hallucinogène à forte dose (hallucinations visuelles et auditives, parfois très anxiogènes). Elle est neurotoxique chez l’animal (atteinte du cervelet). À la suite d’un décès survenu en France au cours de l’été 2005 et dans un contexte où des cas d’intoxications aiguës sont survenus dans différents pays (une dizaine de décès dans le monde), où cette plante fait l’objet de promotion importante sur différents sites Internet, les plantes Tabernanthe iboga, Tabernanthe manii, l’ibogaïne, ses isomères, esters, éthers et sels ont été inscrits sur la liste des stupéfiants.

 Françoise Haramburu

 

• Dibotermine et collections liquidiennes

 La dibotermine alpha (Inductos®) est une protéine ostéoinductrice qui induit la formation de nouveau tissu osseux : elle est utilisée sous forme d’implant, qui entraîne un remodelage osseux.

La dibotermine est « indiquée en tant qu’alternative à l’autogreffe osseuse pour l’arthrodèse lombaire antérieure (L4-S1) chez les adultes présentant une discopathie dégénérative » traités médicalement pendant au moins 6 mois et indiquée dans le «traitement des fractures du tibia chez l’adulte, en complément du traitement standard». Des cas de collections liquidiennes localisées (pseudokystes, oedèmes localisés, effusions au site d’implantation) parfois encapsulées ont été notifiés. Dans plus de la moitié des cas, cela a entraîné une compression nerveuse et/ou une douleur, nécessitant une aspiration ou une ablation chirurgicale de la collection liquidienne. Dans la plupart des cas, les recommandations d’utilisation n’avaient pas été respectées.

 Françoise Haramburu

 

• Télithromycine : restrictions d’indication, nouvelle contre-indication

 Après re-évaluation au niveau européen du rapport/bénéfice risque de la télithromycine (Ketek®) et en raison des effets indésirables dont certains graves (hépatite, aggravation de myasthénie, perte de connaissance, troubles visuels), les indications ont été restreintes.

Les indications « exacerbations aiguës des bronchites chroniques et des sinusites aiguës » sont désormais limitées aux souches connues ou suspectées résistantes aux bêta-lactamines et/ou aux macrolides. Le traitement des angines/pharyngites à streptocoque A, déjà limité aux situations où l’on ne pouvait pas utiliser une bêta-lactamine, est maintenant limité aux cas survenant dans un pays ou une région avec prévalence significative de souches résistantes aux macrolides.

La mise en garde pour l’utilisation au cours de la myasthénie devient une contre-indication. De plus, il est maintenant recommandé de prendre les comprimés au moment du coucher afin de limiter les conséquences des troubles visuels (vision trouble, troubles de l’accommodation, diplopie) et des pertes de connaissance (parfois précédées de signes vagaux). Les recommandations pour la conduite automobile ont été renforcées.

 Françoise Haramburu

 

QUELQUES ARCHIVES

 

Numéro 90 – août 2006

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 

. Mesure de l’efficacité de neuroleptiques en grandeur réelle

 La publication récente d’une étude finlandaise1 pourrait amener à modifier des pratiques de prescription. Il s’agit des données sur les adultes (15-45 ans) schizophrènes ou avec troubles schizo-affectifs hospitalisés pour la première fois entre 1995 et 2001. Les critères d’évaluation du traitement étaient l’arrêt du traitement (tous motifs confondus), les nouvelles hospitalisations, la mortalité. Arrivent en tête : pour le plus faible taux de changement de traitement et le plus faible nombre de nouvelles hospitalisations la perphénazine retard, la clozapine et l’olanzapine ; pour la mortalité, il n’y a pas de différence entre les différents neuroleptiques, mais une grande différence entre les sujets traités par neuroleptiques et ceux ne l’étant pas (risque multiplié par 12,3 chez les sujets non traités pour la mortalité toutes causes confondues et par 37,4 pour la mortalité par suicide). En Finlande, les neuroleptiques les plus utilisés pendant la période d’étude étaient la rispéridone et la chlorpromazine. Cette étude a plusieurs avantages : longueur du suivi (les essais cliniques sont de durée limitée), inclusions de l’ensemble des malades finlandais de la tranche d’âge étudiée (2230 sujets inclus), situation réelle, critères d’évaluation robustes, croisement de fichiers (données hospitalières, données de mortalité, données de remboursement). L’étude a aussi évidemment des limites : les malades traités sont-ils tous identiques ? le choix du premier neuroleptique est-il indifférent ? etc.

En France, les coûts de traitement journalier pour les trois neuroleptiques considérés par les auteurs finlandais comme ayant le meilleur rapport bénéfices-risques sont de 0,19-1,15 euros pour la perphénazine retard (Trilifan® retard), de 0,13-0,98 pour la clozapine (Leponex®) et de 2,18-8,35 pour l’olanzapine (Zyprexa®). Sur la période 1994-2004, les ventes de neuroleptiques en ville (France), en quantité, sont stables (+ 0,2%). En 2004, l’olanzapine arrivait à la 24e place des médicaments les plus vendus (en chiffre d’affaires) en ville en France (28e en 2003) et la rispéridone à la 27e place (38e en 2003). L’olanzapine était à la 45e place (42e en 2003) des médicaments les plus vendus à l’hôpital. Quant à la perphénazine retard, elle n’apparaît pas dans le Top 50 des médicaments les plus utilisés en France, en ville ou à l’hôpital. Il faut dire que c’est un « vieux » médicament (AMM en 1978), qui n’a jamais été très utilisé dans notre pays. La clozapine est peu utilisée car réservée aux échecs (ou intolérance aux) des autres neuroleptiques, en raison du risque d’agranulocytose (dont le taux d’incidence a été estimé à 1/200 en France).

Référence : 1. Tiihonen J et al BMJ 2006 ; 333 : 224.

 Françoise Haramburu

 

. Effets indésirables du pegaptanib

Utilisé dans le traitement de la forme néovasculaire (humide) de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), le pegaptanib (Macugen®) peut entraîner des effets indésirables, oculaires ou généraux (hypersensibilité). Les risques oculaires potentiellement liés à l’injection intravitréenne ou au médicament sont l’endophtalmie (incidence : 0,1 - 0,2% par injection), l’hémorragie intravitréenne immédiate (le jour de l’injection) ou retardée, l’hémorragie rétinienne, le décollement de rétine, l’élévation de la pression intra-oculaire, généralement transitoire, la cataracte post-traumatique. Une hypersensibilité peut également survenir : éruption généralisée, oedème de Quincke, bronchospasme. Le malade doit être informé des signes pouvant évoquer des complications oculaires : douleur oculaire, baisse de la vision ou vision floue, rougeur oculaire persistante, sensibilité à la lumière accrue, amputation du champ visuel, sécrétions purulentes, etc. ; il doit dans ce cas immédiatement prévenir l’ophtalmologiste.

 Françoise Haramburu

 

. Hémorragies cérébrales et tipranavir

Le tipranavir (Aptivus®) est une antiprotéase, utilisée en association avec le ritonavir à faible dose (ce dernier étant utilisé comme « booster ») chez des sujets déjà traités, avec polyrésistance aux antiprotéases.

Récemment, 14 cas d’hémorragies cérébrales, dont huit d’évolution fatale ont été signalés au fabricant, parmi les 6840 patients recevant du tipranavir au cours des essais cliniques. Ces patients n’avaient pas d’anomalie hématologique ou de la coagulation pendant le traitement ou avant l’accident, ce qui rend inutile une surveillance biologique.

Les précautions d’emploi ont été renforcées chez les malades à risque de saignement (traumatisme, chirurgie, abus d’alcool, lésions du système nerveux central, association avec des antiagrégants plaquettaires ou des anticoagulants, etc.).

 Françoise Haramburu

 

. Une autre plante hépatotoxique : l’actée à grappes (Cimicifuga)

L'actée à grappes (Cimicifuga racemosa ou Actaea racemosa) est une plante originaire d’Amérique du Nord. Elle est censée améliorer les troubles de la ménopause, mais bien sûr sans efficacité démontrée. L’Agence européenne et l’Afssaps ont diffusé un communiqué de presse sur des cas d'atteinte hépatique survenus lors de la prise de cette plante. Sur 42 cas analysés (34 signalés en Europe et 8 publiés), la majorité est peu documentée ou concerne des patients ayant des pathologies ou des médicaments pouvant expliquer le tableau. Il resterait quatre cas où la responsabilité de l'actée à grappes serait possible. En France, deux cas ont été signalés, l’un avec de la teinture mère de Cimicifuga racemosa, l’autre avec un complément alimentaire, où la responsabilité de la plante n’a pu être formellement retenue.

En France, il n’y a pas de spécialité commercialisée avec l’indication « troubles fonctionnels de la ménopause », mais le Cimipax® contient du cimicifuga : "traditionnellement utilisé dans le traitement symptomatique des états neurotoniques de l’adulte, notamment en cas de troubles mineurs du sommeil " (ça ne s’invente pas !). Par ailleurs, quelques médicaments homéopathiques à base d'actée à grappes sont autorisés. Enfin, des produits contenant du cimicifuga peuvent être obtenus en dehors du circuit officiel, en particulier sur Internet.

Au cours des dernières années, plusieurs plantes ont été mises en cause dans la survenue d’hépatite. Pour certaines, l’hépatotoxicité n’a pu être démontrée avec certitude. Mais compte tenu de l’absence de données, il est raisonnable de considérer comme hépatotoxique toute plante au moindre doute. Ce signal avec le cimicifuga rappelle de toute façon la nécessité, en cas d’atteinte hépatique, d’interroger très précisément le malade sur la prise de plantes, sous toutes les formes (tisanes, gélules, comprimés, teinture mère, etc.).

 Françoise Haramburu

 

 

Numéro 89 – juin / juillet 2006

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Quelques chiffres

 Le rapport 2006 de l’Organisation des Nations Unis donne des chiffres de consommation de quelques substances psycho-actives : 162 millions de consommateurs de cannabis, 35 millions d’amphétaminiques, 16 millions d’opiacés (dont 11 d’héroïne), 13 millions de cocaïne (dont 6,4 millions en Amérique du Nord, soit une prévalence de 2,3% et 3,3 millions en Europe, soit une prévalence de 1,1%).

 

Françoise Haramburu

 

. Benflurorex : s’il n’en reste qu’un…

 Le benfluorex (Médiator®) est un amphétaminique, « adjuvant du régime adapté dans les hypertryglicéridémies » et « adjuvant du régime adapté chez les diabétiques avec surcharge pondérale », mais beaucoup plus souvent utilisé par les « maigrisseurs ». Du fait de sa diffusion en France quasi exclusivement, de ses indications officielles plutôt hypocrites (efficacité non démontrée), il a échappé au nettoyage (salutaire !) des anorexigènes amphétaminiques en 1999 (voir ci-dessous). Il ne faut donc pas s’étonner que les effets indésirables notifiés avec cette molécule soient ceux que l’on peut attendre avec un amphétaminique : plusieurs cas de confusion, de désorientation, de bouffées délirantes, d’hypertension artérielle pulmonaire (17 cas notifiés en France), un cas de dépendance et un de dopage. Bien évidemment, compte tenu de la sous notification, on peut supposer que le nombre de cas survenus est largement supérieur au nombre de cas notifiés.

 F.H.

 

. Anorexigènes et hypertension artérielle pulmonaire

 L’association entre hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) et exposition aux anorexigènes est connue depuis très longtemps. L’étude IPPHS (1), montrant une augmentation importante du risque chez les sujets (presque toujours des femmes) ayant utilisé des anorexigènes pendant au moins 3 mois, avait conduit à la restriction des conditions de prescription des anorexigènes, pour limiter leur utilisation. En 1997, la dexfenfluramine (Isoméride®) et la fenfluramine (Pondéral®) avaient été retirées du marché en raison du risque d’HTAP mais aussi de cardiopathies valvulaires.

En 1999, la re-évaluation européenne du rapport bénéfice-risque des anorexigènes amphétaminiques (fenproporex, méfénorex, clobenzorex et amfépramone) avait abouti à la suspension définitive des autorisations de mise sur le marché (AMM) en raison du risque d’HTAP, de valvulopathie et de pharmacodépendance. En 1998, une étude (2) montrait que le délai entre l’exposition aux anorexigènes et la survenue des premiers signes d’HTAP pouvait être très variable selon les sujets (délai moyen : 49 mois). Récemment, une étude sur l’HTAP (3) retrouvait, parmi 674 malades inclus, une exposition à des anorexigènes chez 9,5% d’entre eux.

L’exposition avait duré de moins de 3 mois à plusieurs années. Le délai entre la dernière prise d’anorexigènes et la survenue des premiers signes d’HTAP était de 2 ans à plus de cinq ans. La survenue d’une dyspnée ou d’autres signes potentiellement évocateurs chez un sujet ayant pris des anorexigènes, même peu de temps, même il y a très longtemps, doit donc conduire à rechercher une HTAP.  

F.H.

Références: 1. Abenhaïm L et al. N Engl J Med 1996; 335: 609-16 ; 2. Simonneau G et al. Chest 1998 ; 114: 195S-199S ; 3. Humbert M et al. Am J Respir Crit Care Med 2006; 173: 1023-30.

 

. Lamotrigine et fente palatine ?

Des données récentes, bien que non encore confirmées (il ne s’agit que d’un résumé)(1), suggèrent que la lamotrigine (Lamictal®) pourrait augmenter le risque de fente palatine. Ces données sont issues d’un registre nord-américain sur les grossesses exposées aux anticonvulsivants. Si le taux global de malformations n’est pas augmenté (2,7%), le risque relatif de fente palatine est en revanche estimé à 24 (IC95% :10,0-57,4), avec un taux d’incidence estimé à 8,9 cas pour 1000, après exposition au 1er trimestre de la grossesse, en monothérapie (comparateur utilisé : données d’un hôpital de Boston). Ce risque n’est pas retrouvé dans les données de 6 autres registres.

À suivre, donc.

F.H.

Référence : 1. Holmes LB et al. Increased risk for non-syndromic cleft palate among infants exposed to lamotrigine duringpregnancy (abstract) Birth Defects Research Part A Clinical and Molecular Teratology 2006 ; 76 : 318.

 

. Rispéridone : relais forme orale / forme injectable à libération prolongée

 En raison de cas de résurgence de délire et ou d’hallucination lors du passage de la forme orale (Risperdal®) à la forme injectable (Risperdal Consta® LP), de nouvelles recommandations viennent d’être diffusées : poursuite de la forme orale pendant au moins 3 à 4 semaines après le début du traitement par la forme à libération prolongée (LP) ; respecter l’équivalence posologique (pour une posologie p.o. ! 2 mg, prescrire 25 mg de forme LP, pour > 2 et < 4 mg, prescrire 25 à 37,5 mg LP, pour 4 mg à 6 mg, prescrire 50 mg LP ; pas de relais LP chez les sujets traités par plus de 6mg/24h p.o.). L’injection de la forme LP doit être strictement intramusculaire, avec l’aiguille qui est dans la boîte, après avoir bien agité le flacon pour obtenir une suspension parfaitement homogène. Dernière recommandation, utile en ces temps de canicule : le flacon doit être conservé dans son emballage entre +2 et +8°C.; si la conservation dans un réfrigérateur n’est pas possible, la forme LP peut être conservée à température ambiante au maximum pendant une semaine à condition que la température ne dépasse pas 25°C. 

F.H.

 

. Infliximab et lymphome T chez l’enfant?

 Des cas de lymphome T hépatosplénique ont été notifiés aux Etats Unis chez des enfants et de jeunes adultes traités par infliximab (Rémicade®), associé à l’azathioprine ou à la mercaptopurine, pour maladie de Crohn. L’infliximab n’est pas autorisé en Europe chez les sujets de moins de 18 ans, quelle que soit l’indication. (La mercaptopurine n’est pas autorisée non plus en France chez l’enfant dans la maladie de Crohn.) Petit rappel : le prescripteur est entièrement responsable lorsqu’il prescrit hors AMM, d’autant plus lorsqu’il y a une suspicion d’un risque particulièrement grave, comme c’est le cas ici… 

F.H.

 

 N° 88 mai 2006

 Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Véralipride, effets neurologiques et psychiatriques

 Nous avions évoqué, il y a quelque temps (voir Infos n° 78, juin-juillet 2005), le retrait du marché en Espagne du véralipride (Agréal®), du fait de la survenue de cas de dépression et de syndrome de sevrage.

En France, le rapport bénéfice/risque de ce médicament a été récemment ré-évalué, en particulier les effets indésirables psychiatriques et neurologiques.

Les effets neurologiques (dyskinésies aiguës et tardives, syndrome parkinsonien) sont ceux d’un neuroleptique, ce qui est logique … puisqu’il s’agit d’un neuroleptique. Les dyskinésies tardives sont évidemment problématiques puisque irréversibles, mais heureusement tout à fait exceptionnelles. Dans les cas analysés, elles survenaient principalement chez des femmes traitées en continu et au long cours (rappelons que la posologie de ce médicament est d’une gélule par jour, par cure de 20 jours en traitement de courte durée). Les effets psychiatriques observés sont des syndromes anxieux ou dépressif ou les deux, apparaissant lors des intervalles libres entre deux cures ou à l’arrêt du médicament.

Dans les essais cliniques, relativement anciens, le véralipride a une efficacité inférieure aux oestrogènes mais supérieure au placebo, sur les bouffées de chaleur. Bien que le bénéfice du véralipride semble limité, l’Agence française des produits de santé a considéré qu’il reste une alternative au traitement hormonal de la ménopause (ainsi qu’aux phytoestrogènes, dont l’efficacité et les risques sont mal connus). La France a donc décidé, contrairement à l’Espagne, de maintenir le véralipride sur le marché, tout en renforçant les recommandations : utilisation chez les femmes répondeuses au traitement, avec une surveillance particulière des effets neurologiques et psychiatriques ; durée de traitement strictement limitée à 3 mois ; arrêt du traitement en cas de dyskinésie ou de syndrome extrapyramidal ; reprise du traitement suivie d’un arrêt progressif et définitif devant la survenue d’une anxiété, d’un syndrome de sevrage ou d’un syndrome dépressif avec ou sans anxiété ; association contre-indiquée avec d’autres neuroleptiques y compris cachés comme le métoclopramide, cinnarizine, flunarizine, cisapride, etc.

En pratique, penser à ne pas systématiquement attribuer à l’âge ou à la physiologie des effets dus à ce médicament (dans plusieurs cas de syndrome parkinsonien, un traitement par lévodopa avait été mis en route…). En France, les ventes de véralipride ont augmenté de 35 % entre 2002 et 2004 (époque qui correspond à la mise en cause du traitement hormonal de la ménopause dans le risque cardiovasculaire et la survenue de cancer, voir Infos n°50, décembre 2002). 

Amélie Daveluy

 

. Extraits thyroïdiens et prescription magistrale

 Depuis très longtemps, nous militons pour l’interdiction des prescriptions magistrales, inutiles, sûrement pas conformes aux données actuelles de la science, remboursées par la Sécurité sociale et parfois (souvent ?) dangereuses ! Un exemple récent vient confirmer ce dernier point : en avril, plusieurs hospitalisations et un décès sont survenus à Paris, après prise d’extraits thyroïdiens. L’indication n’était évidemment pas justifiée (amaigrissement) ; plus de 160 femmes auraient reçu cette préparation surdosée par erreur. Dommage que ces accidents dramatiques n’aient pas entraîné l’interdiction pure et simple de toute préparation magistrale, ce qui aurait définitivement réglé le problème ! 

Françoise Haramburu

 

. Varicelle : surtout pas de Nisapulvol® ni de talc 

En 1998 déjà, la conférence de consensus sur la prise en charge des infections à VZV déconseillait l’application de talc, crème, pommade, gel, de topiques antibiotiques, antiviraux, antiprurigineux ou anesthésiques au cours de la varicelle. En effet, au cours de la varicelle, des complications infectieuses cutanées graves, notamment à staphylocoque ou streptocoque, peuvent survenir (bien qu’elles soient relativement rares). Une fasciite nécrosante ou une bactériémie peut entraîner un risque mortel par choc septique. Au début des années 2000, une enquête de pharmacovigilance confirmait le risque d’atteinte cutanée grave, en particulier de fasciite nécrosante, parfois fatale, au cours d’une varicelle en cas d’utilisation de Nisapulvol®, poudre contenant du parahydroxybenzoate de benzyle et 95% de talc comme excipient. L’utilisation de Nisapulvol® est contre-indiquée dans la varicelle depuis 2004.

Malheureusement, l’information ne semble pas avoir suffisamment circulé, le Nisapulvol® est toujours utilisé dans la varicelle et des cas d’effets cutanés graves continuent de survenir. Rappelons que pour le prurit, les antihistaminiques H1 sédatifs par voie orale (hydroxyzine, dexchlorphéniramine) sont le seul traitement recommandé. Les soins locaux consistent en bain ou douche quotidien ou biquotidien avec un pain, savon ou agent lavant dermatologique sans antiseptique. La chlorhexidine peut être utilisée pour prévenir une surinfection. Enfin, toujours pour le traitement symptomatique, le paracétamol est le seul antalgique/antipyrétique qui peut être prescrit (pas d’aspirine en raison du risque de syndrome de Reye ; pas d’anti-inflammatoires non stéroïdiens en raison d’une augmentation du risque de fasciite nécrosante).  

F.H.

 

. Fluoxétine chez l’enfant et l’adolescent

 Le débat sur l’utilisation des antidépresseurs en général et des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) en particulier chez l’enfant et l’adolescent n’est pas clos ! Rappelons qu’en décembre 2004, l’Agence européenne avait émis des réserves sur l’utilisation des IRS chez l’enfant. En avril 2005, après une nouvelle analyse des données disponibles (portant sur des IRS mais aussi d’autres antidépresseurs : atomoxétine, citalopram, duloxétine, escitalopram, fluoxétine, fluvoxamine, miansérine, minalcipran, mirtazapine, paroxétine, reboxétine, sertraline, venlafaxine), les réserves sur l’utilisation des antidépresseurs en pédiatrie étaient confirmées.

L’Agence européenne vient de se prononcer, à la demande de l’Agence anglaise, en faveur de l’utilisation de la fluoxétine, dans le traitement des épisodes dépressifs majeur, d’intensité modérée à sévère, chez l’enfant de plus de 8 ans, en association à un traitement psychothérapique insuffisant (pas de réponse après 4 à 6 séances de psychothérapie). La posologie initiale doit être de 10mg/24h (qui peut être augmentée à 20mg/24h, après 1 ou 2 semaines). En l’absence de réponse au bout de 9 semaines, le traitement « devra être reconsidéré (sic !)». L’Agence européenne demande au fabricant de mener des études complémentaires chez l’animal en termes de développement sexuel, de comportement émotionnel et de toxicité ainsi que des études sur le développement sexuel chez les enfants traités (en raison d’anomalies observées chez l’animal, ce qui n’avait pas été évoqué jusqu’ici) ; les prescripteurs et les parents devront surveiller les enfants et adolescents traités, à la recherche d’un comportement suicidaire, surtout en début de traitement.

L’Agence française des produits de santé, qui a diffusé en février 2006 une mise au point sur le bon usage des antidépresseurs au cours de la dépression chez l’enfant et l’adolescent, rappelle que l’arrêt du traitement doit être progressif et programmé, sous surveillance médicale. Par ailleurs, l’Afssaps a mis en place un groupe de travail sur les conditions d’utilisation réelle des antidépresseurs chez l’enfant et l’adolescent, dont les conclusions devraient être diffusées prochainement.

Ces nouvelles « recommandations » ne sont pas faites pour éclaircir le problème ; en résumé, pas de fluoxétine (ou d’autres antidépresseurs) chez l’enfant, sauf si la psychothérapie seule est insuffisante ; dans ce cas, la fluoxétine (pas les autres IRS) peut être prescrite prudemment, avec surveillance clinique ; le traitement doit être arrêté en cas d’inefficacité au bout de 9 semaines.  

F.H. 

 

Numéro 87 - avril 2006

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Paroxétine et grossesse

Récemment évoqué (voir Infos n° 82, novembre 2005), le risque malformatif semble se confirmer, à travers plusieurs études récemment publiées. Une étude menée par le fabricant sur le risque des antidépresseurs au cours de la grossesse (près de 6000 enfants exposés in utero à un antidépresseur) montre une augmentation du risque de malformation majeure avec la paroxétine par rapport aux autres antidépresseurs : ce risque est essentiellement celui de malformations cardiaques, notamment des communications inter-ventriculaires (CIV). L’analyse des données du registre national suédois des naissances, portant sur 5123 femmes dont 825 traitées par paroxétine, retrouve également une augmentation du risque de malformations cardiaques (CIV et communications inter-auriculaires, CIA), sans augmentation du taux de malformation global. Enfin, une étude portant sur 1323 enfants, dont 257 exposés à la paroxétine, montre une augmentation du taux de malformation majeure par rapport à un groupe d’enfants exposés à des médicaments non tératogènes. Le taux de malformation cardiaque était là encore augmenté par rapport au groupe de référence. Pour la fluoxétine, cette étude retrouvait la même tendance, sans atteindre le seuil de significativité statistique.

Globalement, le risque de malformation cardiaque serait multiplié par deux (2% sous paroxétine, 1% dans la population générale). Cela incite à la plus grande prudence (que nous avons d’ailleurs toujours conseillée) quant à l’utilisation de la paroxétine (et des IRS en général) chez la femme enceinte. Rappelons encore une fois que le traitement recommandé de la dépression pendant la grossesse reste un imipraminique, de préférence avec une des molécules les plus étudiées de la classe (imipramine, amitriptyline).

Françoise Haramburu

 

. Desmopressine endonasale : retrait d’indication

 A la suite d’une enquête de pharmacovigilance et d’une ré-évaluation du rapport bénéfice/risque, l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de la desmopressine endonasale (Minirin® spray et Minirin® solution pour administration endonasale) dans l’indication énurésie nocturne isolée chez l’enfant a été retirée, en raison de la survenue de cas d’intoxication à l’eau, dus à un surdosage. Le taux de notification est estimé à environ 2,3 cas pour 100 000. Les signes d’une intoxication à l’eau peuvent être céphalées, nausées, vomissements, anorexie, prise rapide de poids, confusionnel, convulsions.

Les nouveaux traitements par desmopressine endonasale dans l’énurésie nocturne ne sont plus autorisés.

Les traitements en cours peuvent être poursuivis jusqu’à la fin de la période de trois mois recommandée.

La desmopressine entraîne une réabsorption hydrique au niveau du rein, donc rétention hydrique, limitant ainsi la formation d'urine Ces cas d’intoxication sont dûs à une rétention hydrique excessive, probablement favorisée par le maniement difficile des formes nasales.

L’Agence des produits de santé rappelle que l'énurésie nocturne est un symptôme et non une maladie.

Elle concerne environ 6 à 10 % des enfants de 7 ans. L'énurésie nocturne s'améliore avec le temps : en l'absence de tout traitement, le taux de guérison annuelle est de 15 % chez les enfants âgés de 5 à 10 ans. La prise en charge de l’énurésie repose avant tout sur des mesures éducatives et hygiéniques. Un traitement médicamenteux, tel que la desmopressine, ne doit être envisagé que dans un second temps.

Les autres indications de la desmopressine endonasale (traitement du diabète insipide pitresso-sensible, test du pouvoir de concentration du rein) ne sont pas modifiées, de même que les indications des formes orales (énurésie nocturne, diabète insipide, nycturie avec polyurie chez l’adulte de moins de 65 ans).

 

F.H.

. Tacrolimus & pimécrolimus topiques, cancers cutanés et lymphomes

 Après la survenue de cas de cancers cutanés et de lymphomes par tacrolimus (Protopic®) ou pimécrolimus (Elidel®, AMM européenne, mais non commercialisé à ce jour en France), immunosuppressseurs à usage local, l’Agence européenne a ré-évalué ces médicaments et conclu à un rapport bénéfice/risque favorable, mais en soulignant que des précautions sont indispensables ; les indications ont été révisées (traitement de seconde intention après échec ou intolérance aux dermocorticoïdes). Cela rappelle que l’on ne peut pas banaliser des immunosuppreseurs, y compris par voie locale.

En France, le tacrolimus local est un « médicament d’exception » ; sa prescription est réservée aux dermatologues et pédiatres. Ses indications sont « le traitement de la dermatite atopique modérée à sévère de l’adulte en cas de réponse inadéquate ou d’intolérance aux traitements conventionnels et dans le traitement de la dermatite atopique modérée à sévère de l’enfant de 2 ans et plus qui n’a pas répondu de façon adéquate aux traitements conventionnels ». L’Agence des produits de santé a mis en place un suivi du tacrolimus topique pour évaluer le risque potentiel à long terme de lymphome, en particulier cutané.

Pensez à nous signaler tout cas de lymphome qui pourrait survenir.  

F.H.

 

. Buprénorphine dans la dépendance aux opiacés : rappel sur le bon usage

 La commercialisation d’un générique de buprénorphine est plutôt bienvenue. La buprénorphine dans cette indication est maintenant commercialisée en France depuis plus de 10 ans, avec des résultats globalement très positifs, même si tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes (utilisation par voie intraveineuse ou inhalée, trafic, arnaque à la Sécu, interactions, etc.). La sortie d’un premier générique (d’autres pourraient suivre) est l’occasion pour l’Agence des produits de santé de rappeler le bon usage. 

F.H.

. Linézolide, effets indésirables graves : pas de traitement prolongé

 Des cas de neuropathie périphérique, de névrite optique, d’anémie, de thombopénie et d’acidose lactique ont été notifiés avec le linézolide (Zyvoxid®), principalement chez des malades traités au delà de la durée de traitement recommandée (10 à 14 jours, sans jamais dépasser 28 jours). Antibiotique dont la prescription ne peut être initiée qu’à l’hôpital après avis d’un infectiologue, les indications du linézolide sont les pneumonies nosocomiales, les pneumonies communautaires, les infections compliquées de la peau et des tissus mous, documentées ou suspectées à bactéries à Gram positif sensibles.

Les malades traités doivent connaître les signes annonciateurs de ces effets graves, pour qu’ils

contactent immédiatement leur prescripteur : hypoesthésie, paresthésies (neuropathie périphérique) ; baisse de l’acuité visuelle, vision trouble, modification de la vision des couleurs ou du champ visuel (névrite optique) ; pâleur, asthénie, hémorragie (myélosuppression) ; nausées, vomissements, douleurs abdominales, hyperventilation (acidose lactique). Une numération formule sanguine hebdomadaire est recommandée, quelle que soit la durée prévue du traitement.  

F.H.

 

Numéro 84 – janvier 2006

 Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 . Antihistaminiques H1 : attention au détournement! 

Les antihistaminiques H1 sont commercialisés en France dans plusieurs indications : manifestations allergiques, prévention et traitement du mal des transports, sédatif et antitussif. Des cas d’usage abusif de médicaments contenant un anti-histaminique H1 sont régulièrement signalés aux Centres d’Evaluation et d’Information sur la pharmacodépendance (CEIP). Il s’agit pour la plupart de molécules passant la barrière hémato-encéphalique.

Hallucinations, dues aux propriétés anticholinergiques et sédation sont les principaux effets recherchés. Les posologies sont, en moyenne, 7 fois supérieures à la normale. Le dimenhydrinate (Dramamine®, Mercalm®, Nausicalm®) est l’antihistaminique H1 pour lequel il y a le plus de notifications de détournement.

Les antihistaminiques H1 sont aujourd’hui une des rares classes de substances psycho-actives majoritairement vendue sans ordonnance.

Amélie Daveluy

 

. Vente de médicaments sur Internet

 Qui n’a jamais eu sa messagerie électronique inondée de spams vantant les mérites du médicament tartempion, solution miraculeuse aux problèmes de surpoids, de performances sexuelles ou intellectuelles ?

Commander sur Internet permet d’obtenir la plupart des médicaments normalement délivrés sur ordonnance, court-circuitant prescription, surveillance médicale et conseil pharmaceutique. Les informations données sur les médicaments sont souvent partielles, trompeuses, notamment en ce qui concerne les indications, contre-indications, précautions d’emploi, interactions médicamenteuses et source de mauvais usage: indication inappropriée, terrain contre-indiquant la prise du médicament, interaction avec le reste du traitement, etc.

L’Agence des produits de santé vient de diffuser une mise en garde sur les risques liés à l’achat de médicaments sur Internet, qui ne s’arrêtent pas à des informations erronées: médicaments de qualité douteuse ; médicaments non évalués (DHEA, mélatonine, par exemple); «médicaments» relevant du charlatanisme (vertus infondées, produits dits anodins); contrefaçons de médicaments (trop ou pas assez dosés en principe actif, voire n’en contenant pas du tout, présence d’impuretés ou de substances dangereuses). Ce dernier point s’illustre par la saisie récente, par les douanes aux Etats-Unis, d’un «générique» d’oseltamivir (Tamiflu©) en provenance de Chine (le brevet de l’oseltamivir n’est pas encore tombé dans le domaine public…).

Si l’existence de contrefaçons, charlataneries et autres poudres de perlimpimpin n’est pas un phénomène nouveau, l’Internet a donné une ampleur considérable à l’offre de vente; il est prudent de mettre en garde les malades contre les achats dans des pharmacies virtuelles de l’Inter(pas)net. 

Anne Laribière

 . Létrozole : uniquement chez la femme ménopausée!

 Le létrozole (Femara©) est un inhibiteur de l’aromatase, indiqué dans le traitement du cancer du sein chez la femme ménopausée. A la suite des résultats d’une étude récemment présentée à un congrès à Montréal, il est rappelé que le létrozole est contre-indiqué chez les femmes non ménopausées. En effet, les auteurs de cette étude ont mis en évidence une incidence de malformations cardiaques et de l’appareil locomoteur plus importante dans un groupe de nouveaux-nés issus de mères traitées par létrozole pour stérilité (associé ou non aux gonadotrophines chorioniques) ou polykystose ovarienne, en comparaison à un groupe de témoins non exposés. Cependant, l’incidence des malformations, tous types confondus, était comparable dans les deux groupes. Le létrozole n’a pas, à ce jour, d’indication validée dans l’induction de l’ovulation ou le traitement d’autres pathologies chez la femme non ménopausée.

 A.L.

. Télithromycine et risque d'atteinte hépatique

 À la suite de la notification de plusieurs cas d'atteintes hépatiques sous télithromycine (Ketek®)!en Europe, dont certains d’évolution fatale (aucun en France à ce jour), l’Agence européenne (EMEA) fait une re-évaluation de ce médicament. En attendant, les mentions sur le risque hépatique sont renforcées.

En France, la télithromycine est commercialisée depuis septembre 2002 et a fait l'objet d'un suivi national de pharmacovigilance pendant les deux premières années de commercialisation. Ce suivi a permis de mettre en évidence des aggravations de myasthénie, avec une mise en garde ajoutée en avril 2003. Les effets indésirables les plus fréquents sont des cas de vision trouble, d’effets neurologiques (vertiges, céphalées, troubles du sommeil), des troubles digestifs et des atteintes cutanées.

L’Agence européenne, relayée par l’Agence des produits de santé, rappelle qu’il faut être prudent en cas

d’insuffisance hépatique et qu’il faut arrêter le traitement en cas de signes pouvant évoquer une atteinte hépatique. 

Françoise Haramburu

. DCI

 La dénomination commune internationale (DCI) est, comme son nom l’indique, le nom qui désigne un médicament dans le monde entier. C’est l’Organisation Mondiale de la Santé qui attribue les DCI, depuis 1953. (La DCI est, en anglais, l’INN, pour International Nonproprietary Name, également appelé generic name.) Il existe actuellement environ 8000 DCI, avec 120 à 150 nouvelles DCI chaque année. Chaque DCI est choisie selon des principes assez simples: le son et l’orthographe doivent être différenciés; la DCI choisie ne doit pas être trop longue; il ne doit pas y avoir de confusion avec d’autres DCI existant déjà. Il faut éviter toute allusion anatomique, physiologique, pathologique et thérapeutique dans la DCI. Afin de faciliter une utilisation réellement internationale, certaines lettres doivent être utilisées de préférence à d’autres: par exemple e est utilisé à la place de ae ou oe.

C’est ce qui nous vaut d’écrire maintenant éthinylestradiol et non plus éthinyloestradiol. De la même façon, la DCI comporte souvent un i au lieu d’un y (ciclosporine et non cyclosporine) ou bien un f au lieu de th ou ph (amfétamine et non plus amphétamine, mais l’ensemble de la classe continue de s’appeler les amphétamines. La démarche est identique à celle de l’orthographe française révisée, au nom de laquelle on devrait écrire nénufar et non nénuphar!)

Ceci étant, les nomenclatures nationales n’adoptent pas forcément la DCI. C’est le cas du paracétamol que les états-uniens continuent d’appeler l’acetaminophen (selon leur propre nomenclature, l’United States Adopted Names ou USAN) ou du métamizole que nous continuons à appeler le plus souvent noramidopyrine (selon la Dénomination Commune Française ou DCF).

L’usage veut que les DCI soient déclinées en latin (mais oui! même si c’est une langue morte), en anglais, en français, russe et espagnol. Par exemple, acebutolol, la DCI officielle devient, pour le sel, acebutololi hydrochloridum en latin, acebutolol hydrochloride en anglais, acébutolol chlorhydrate en français. De la même façon, ketoprofen, DCI officielle, devient ketoprofenum en latin et kétoprofène en français. Dans la DCI à la française, l’accentuation est de règle et il y a, le cas échéant, un e final qui n’existe pas en anglais.

En principe, il y a une racine commune à une classe, avec un préfixe de fantaisie (et le nom de marque, c'est-à-dire le nom de spécialité ne doit pas contenir cette racine). Par exemple, les bêta-bloquants ont une racine -olol, les fluroquinolones une racine -floxacine, etc. Au sein d’une même classe thérapeutique, il peut y avoir des différences en fonction du groupe chimique!: par exemple, les anti-inflammatoires non stéroïdiens comportent différentes racines: -ac pour les dérivés de l’ibufénac, -buzone pour les pyrazolés, -profen pour les propioniques, -oxicam pour …les oxicams.; -stat ou -stat- désigne certains inhibiteurs d’enzyme, par exemple -vastatine pour les inhibiteurs de l’HMG CoA réductase, plus simplement appelés statines. Il y a néanmoins parfois des exceptions trompeuses: pourquoi avoir appelé un neuroleptique récent aripiprazole alors que -prazole est la terminaison des prazoles justement (oméprazole & co.)? Pourquoi avoir débaptisé l’amfébutamone (qui était la DCI) pour la transformer en bupropion (qui était l’USAN)?

 

F.H.

Numéro 83 – décembre 2005

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

 

. Punch de Noël: interactions avec des médicaments?

Pour changer un peu, voici une recette d’actualité, trouvée sur un site Internet québécois.

Verser 1/4 bouteille de curaçao rouge, 1/4 bouteille de rhum, 1/2 bouteille de cognac, 1/2 litre jus d'ananas, 1/2 litre de jus de pamplemousse, 1 litre jus d'orange, 2 cuillères à café de sucre dans un grand récipient. Mettre au réfrigérateur pendant 2 heures. Ajouter 2 bouteilles de champagne bien glacé (bizarre: les québécois glacent le champagne?) au moment de servir.

Cette recette appelle quelques commentaires. Tout d’abord, nous ne l’avons pas testée et ne la recommandons pas spécialement, mais les quantités annoncées laissent supposer qu’il faut être nombreux…(«un verre, ça va; deux verres, bonjour les dégâts»).

Le jus de pamplemousse est un inhibiteur enzymatique: une prise unique ne peut en principe pas entraîner d’interactions, mais attention aux lendemains de fêtes où l’on finit les restes (il faut 24 à 48 heures pour que le phénomène d’inhibition enzymatique apparaisse). Le pamplemousse, via un de ses principes actifs, la naringénine, inhibe un des isoenzymes du cytochrome P450, le CYP3A4. Il peut donc ralentir le métabolisme de certains médicaments. L’association de certains médicaments avec le pamplemousse est déconseillée (ce qui équivaut à une contre-indication relative): c’est le cas de la simvastatine, la carbamazépine, le cisapride (d’utilisation devenue confidentielle aujourd’hui).

L’association est «à prendre en compte» avec l’atorvastatine, la buspirone, certains immunosuppresseurs (ciclosporine, sirolimus, tacrolimus), la lercanidipine.

L’alcool également peut entraîner des interactions avec de nombreux médicaments!: risque d’effet antabuse avec le céfamandole, le disulfirame, le glibenclamide, la griséofulvine, le kétoconazole, le métronidazole, l’ornidazole, la procarbazine, le secnidazole, le tenonitrozole, le tinidazole, le tolbutamide.

L’alcool potentialise les effets centraux de nombreux médicaments ou augmente le risque de survenue de certains effets indésirables (l’intoxication alcoolique aiguë entraîne une inhibition enzymatique et l’alcoolisme chronique une induction enzymatique). Les médicaments pour lesquels il y a une «association déconseillée» avec l’alcool sont l’insuline (l’alcool augmente le risque de coma hypoglycémique), les sulfamides hypoglycémiants (risque d’effet antabuse et d’hypoglycémie), la metformine (augmentation du risque d’acidose lactique en cas d’intoxication aiguë à l’alcool), tous les médicaments à activité sédative (neuroleptiques, barbituriques, benzodiazépines et dérivés, autres anxiolytiques notamment le méprobamate, les hypnotiques, les antidépresseurs sédatifs, les antihistaminiques H1, les antihypertenseurs centraux, le baclofène, le thalidomide), les IMAO non sélectifs. Le risque d’interaction est «à prendre en compte» avec les anticoagulants oraux (augmentation de l’effet anticoagulant en cas d’intoxication aiguë à l’alcool, diminution de l’effet en cas d’alcoolisme chronique) et l’acide nicotinique (augmentation de l’effet vasodilatateur et risque de flush).

Ne pas rajouter de jus de canneberge (voir page suivante), également probable inhibiteur enzymatique.

De plus, nous déconseillons fortement le millepertuis (en tisane ou en gélule) en cure dans les jours qui suivent (l’induction enzymatique met quelques jours à se mettre en place et il faut donc une «exposition» prolongée): le millepertuis est inducteur enzymatique et il y a un risque d’interaction avec la digoxine, la théophylline, les antivitamines K, les contraceptifs oraux.

Enfin, pour ne pas être rabat-joie, il n’y a pas d’interaction décrite entre les médicaments et le foie gras, les huîtres, les crépinettes, la dinde, l’oie, le chapon ou la poularde, pas plus qu’avec la bûche de Noël.

 

Françoise Haramburu

 

. Lamotrigine et toxidermie bulleuse

Des cas de syndrome de Stevens Johnson et de syndrome de Lyell ont été signalés chez des patients traités par la lamotrigine (Lamictal®). Ils surviennent généralement dans les 8 premières semaines de traitement et sont plus fréquents chez l’enfant que chez l’adulte.

Récemment nous rappelions, à propos des atteintes cutanées graves (voir Infos n°81, octobre 2005) qu’il est important de réagir vite et qu’il est impératif d’arrêter le médicament rapidement. Ici encore, dans les cas notifiés, le diagnostic tardif, entraînant un retard dans l’arrêt du traitement est un facteur aggravant. Par ailleurs, les schémas posologiques n’étaient pas toujours respectés.

En effet, il existe une forte corrélation entre le risque de survenue de ces atteintes cutanées et une posologie trop forte de lamotrigine en début de traitement, une augmentation trop rapide de la posologie, l’association à l’acide valproïque ou ses dérivés qui multiplient par deux la demi-vie de la lamotrigine. En cas d’éruption cutanée, il est indispensable d’arrêter le traitement par lamotrigine.

Une lettre a été envoyée par l’Agence des produits de santé aux neurologues et aux neuropédiatres.

 

F.H.

 

. Médecine ayurvédique et métaux lourds

Un cas d’intoxication au plomb survenu à Paris après la prise de produits de médecine ayurvédique vient rappeler que les médicaments de phytothérapie traditionnelle indienne peuvent contenir des métaux lourds. (Des «médicaments» traditionnels chinois sont dans le même cas.) Les agences canadienne et anglaise l’ont rappelé récemment après avoir trouvé des concentrations importantes de mercure, arsenic ou plomb dans divers produits (voir!: www.hc-sc.gc.ca et www.mhra.gov.uk ).

F.H.

. Canneberge

Parmi les nombreuses baies, la cranberry revient à la mode en thérapeutique. À l’occasion d’une question posée récemment, nous avons découvert que la canneberge a fait l’objet d’assez nombreuses études, tant expérimentales que cliniques, même si toutes ne sont pas concluantes… Les effets bénéfiques seraient dus à un pouvoir antioxydant important, expliqué par la forte teneur en flavonoïdes.

L'utilisation de la canneberge est ancienne en Amérique du Nord où les amérindiens l'utilisaient pour les «maladies du rein et de la vessie». Au XVIIe, on l'utilise en thérapeutique dans les atteintes hématologiques, les douleurs gastriques, les "problèmes" hépatiques, les vomissements, la perte d'appétit.

Son utilisation dans la prévention ou le traitement des infections urinaires est important jusqu'à la découverte des antibiotiques. Depuis quelques années, il semble y avoir un regain d’intérêt pour la canneberge (sous forme de jus de fruit ou de supplémentation en gélules ou comprimés). Comme souvent dans le cadre de «médecine douce», les possibilités d’achat sur Internet sont nombreuses et variées.

L'efficacité n'a pas formellement été démontrée (dans les essais cliniques, il y a une grande diversité des «posologies» utilisées et des durées de «traitement»). Il ne semble pas y avoir beaucoup d'effets indésirables (en dehors de quelques nausées) ou de toxicité particulière!; en revanche il y a une interaction possible avec la warfarine avec augmentation du risque hémorragique, en raison d’une inhibition du cytochrome P450 par la canneberge1-3. Il n’est donc pas exclu qu’il puisse exister des interactions avec d'autres médicaments,

 

F.H.

 

1. Anon. Current Problems in pharmacovigilance 2003; 29-8!; 2. Smarmo et al BMJ 2003; 327: 1454!; 3. Grant P J Heart Valve

Dis 2004; 13: 25-6

 

Numéro 82 – novembre 2005

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

. Augmentation du risque malformatif sous paroxétine?

L’analyse récente et préliminaire d’une étude rétrospective, menée par le laboratoire fabriquant la paroxétine (princeps), portant sur les enfants nés de 3581 mères traitées au cours du premier trimestre de la grossesse par paroxétine ou un autre antidépresseur, a mis en évidence une légère augmentation du risque malformatif dans le groupe d’enfants exposés in utero à la paroxétine et plus particulièrement du risque malformatif cardiaque (communication interventriculaire dans la majorité des cas). Le taux de prévalence des malformations congénitales dans cette population d’enfants exposés in utero à un antidépresseur (quel que soit le type d’antidépresseur) était de 4% et le taux de prévalence des malformations cardiaques de 2%.

Ces résultats diffèrent peu des taux de prévalence de malformations congénitales (tout type confondu) et de malformations cardiaques en population générale aux Etats-Unis (respectivement 3% et 1%). Par ailleurs, cette étude a été réalisée sans groupe de comparaison d’enfants non exposés in utero à un antidépresseur.

Les résultats définitifs de cette étude devraient être disponibles début 2006.

Dans un récent communiqué, la Food and Drug Administration (www.fda.gov), l’agence états-unienne du médicament, rapporte les résultats préliminaires de deux études, non encore publiées, en faveur d’une augmentation du risque malformatif cardiaque sous paroxétine. D’après une étude réalisée à partir du registre national suédois, ce risque serait multiplié par 2 en cas d’exposition précoce à la paroxétine au cours de la grossesse (risque de malformations cardiaques estimé à 2% chez les enfants exposés in utero à la paroxétine versus 1% dans la population d’enfants du registre). D’après la seconde étude réalisée à partir d’une base de données américaine, ce risque serait multiplié par 1,5 en cas d’exposition à la paroxétine au cours du 1er trimestre de grossesse (risque de malformations cardiaques estimé à 1,5% chez les enfants exposés in utero à la paroxétine versus 1% chez les enfants exposés in utero à un autre antidépresseur).

Dans ces deux études, il s’agissait dans la majorité des cas de communications interventriculaire ou interauriculaire.

Les résultats d’une étude israélienne récente1 vont également dans le sens d’une augmentation du risque malformatif cardiovasculaire en cas d’exposition in utero à la paroxétine.

Par ailleurs, une autre étude2 a mis en évidence une association entre exposition in utero à un antidépresseur IRS et la survenue d’omphalocèle (dans un tiers des cas, il s’agissait de paroxétine) et de craniosténose.

Ces résultats récents sont discordants avec ceux des études précédemment publiées et des travaux présentés à la réunion annuelle du Réseau Européen des Centres d’Information sur les Tératogènes (ENTIS) (3-7 septembre 2005), qui ne retrouvent pas d’augmentation de la fréquence des malformations avec la paroxétine (afssaps.sante.fr).

La FDA recommande de ne pas initier de traitement par paroxétine au cours du 1er trimestre de grossesse ou bien chez une femme qui désire une grossesse. Chez une femme déjà traitée par paroxétine et désirant une grossesse, toujours selon les recommandations de la FDA, la paroxétine devrait être interrompue et, si nécessaire, remplacée par un autre antidépresseur; de même, si une grossesse est découverte au cours d’un traitement par paroxétine, un arrêt de la paroxétine est recommandé, si la pathologie maternelle le permet, au besoin remplacée par un autre antidépresseur. En France, l’Agence des produits de santé a diffusé un communiqué de presse rappelant notamment qu’un traitement en cours ne doit jamais être interrompu brutalement.

 

Anne Laribière

 

1-Diav-Citrin O et al. Paroxetine and fluoxetine in pregnancy: a multicenter, prospective, controlled study. Reprod Toxicol 2005; 20: 459!; 2-Alwan S et al. Maternal use of selective serotonin re-uptake inhibitors and risk for birth defects. Am J Epidemiol 2005; 161 (Suppl 11): S95

 

. Spironolactone et hyperkaliémie: un effet indésirable bien connu mais fréquent

Il n’est pas étonnant qu’un diurétique «épargneur de potassium» puisse entraîner une hyperkaliémie; c’est un effet indésirable de la spironolactone connu depuis très longtemps. (Le risque d’hyperkaliémie mortelle était déjà signalé en 1972 dans un livre de référence1!) L’augmentation de l’utilisation de la spironolactone (Aldactone®), notamment dans le traitement de l’insuffisance cardiaque (seul le dosage à 25mg a l’indication «traitement de l’insuffisance cardiaque»), a entraîné, au cours des deux dernières années, un nombre important de cas d’hyperkaliémie grave, parfois mortelle. Les facteurs favorisant l’hyperkaliémie à la spironolactone sont l’âge (> 70 ans), l’altération de la fonction rénale, le diabète. Les associations à certains médicaments peuvent favoriser la survenue d’hyperkaliémie: c’est le cas en particulier des inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC), des antagonistes de l’angiotensine II (sartans), mais aussi de l’héparine, des anti-inflammatoires non stéroïdiens, etc. Rappelons que l’association aux IEC ou aux sartans reste déconseillée. Si une telle association est néanmoins faite, il est impératif de surveiller la fonction rénale et la kaliémie avant le début de l’association et au bout d’une semaine, tous les mois pendant les trois premiers mois, tous les trois mois pendant la première année puis au moins deux fois par an ensuite et lors de tout événement intercurrent pouvant modifier la kaliémie (fièvre, altération de l’état général, etc.).

Françoise Haramburu

1. L. Meyler, A. Herxheimer. Side effects of drugs, vol. 7. Amsterdam!: Excerpta medica, 1972

 

. Clorazépate dipotassique: arrivée du dosage 20 mg, exit le 50

Depuis fin octobre, le dosage à 50 mg de clorazépate dipotassique (Tranxène® 50) n’est plus commercialisé: un nouveau dosage à 20 mg l’a remplacé. Ceci s’inscrit dans une logique visant à limiter l’utilisation de forts dosages de benzodiazépines et harmoniser les dosages disponibles dans différents pays.

Ce nouveau dosage a pour indications le «traitement symptomatique des manifestations anxieuses sévères et/ou invalidantes; la prévention et le traitement du delirium tremens et des autres manifestations du sevrage alcoolique».

Le Tranxène® 20 est inscrit sur la liste I. La durée de prescription est limitée à 28 jours et la prescription doit être faite sur ordonnance sécurisée.

F.H.

 

. Galantamine, efficacité et mortalité: suite et fin

Les résultats définitifs des essais cliniques sur la galantamine (Reminyl®) dans les troubles cognitifs légers (voir Infos n°73, janvier 2005) confirment que le taux de mortalité était plus important dans le groupe traité (1,4%) que dans le groupe placebo (0,3%), que le traitement par galantamine ne ralentit pas le déclin cognitif et n’a pas d’effet sur le délai d’apparition de la démence. Cela ne remet pas en cause l’utilisation de la galantamine dans son indication officielle, le «traitement symptomatique de la maladie d’Alzheimer dans ses formes légères à modérément sévères». Dans la maladie d’Alzheimer, les études réalisées n’ont pas montré de différence de mortalité pendant une durée d’observation de 6 mois.

F.H.

 

Numéro 81 – octobre 2005

. Médicaments et conduite automobile 

L’Agence des produits de santé a récemment diffusé une mise au point sur Médicaments et conduite automobile (disponible à l’adresse afssaps.sante.fr), à l’occasion de la mise en place des nouveaux pictogrammes. L’ancien pictogramme (triangle bordé de rouge avec une voiture noire au centre), mis en place en 1999, était apposé sur les boîtes de médicaments pouvant entraîner un risque lors de la conduite (médicaments pouvant entraîner des troubles de la vigilance et de l’attention, de la vision, du comportement, des troubles de l’équilibre, etc.). Environ un médicament sur 3 avait ce pictogramme, d’où un risque de banalisation, d’autant plus qu’aucune information n’avait accompagné la sortie de ce pictogramme. La nouvelle classification repose sur une gradation du risque en 3 niveaux.

 

 Toutes les classes de médicaments n’ont pas été analysées dans un premier temps. Seules 13 classes figurent dans cette mise au point, mais représentent la plupart des médicaments à risque (neuroleptiques, anxiolytiques, hypnotiques et sédatifs, médicaments du diabète, antihistaminiques systémiques, médicaments du rhume et de la toux, antiémétiques et antinauséeux, médicaments ophtalmologiques, antidépresseurs, analgésiques, antiépileptiques, antiparkinsoniens, anesthésiques, regroupent plus de 330 principes actifs). En 2006, d’autres classes thérapeutiques devraient être analysées et la liste des médicaments à risque potentiel complétée par un autre arrêté.

Précisons que ces recommandations s’appliquent à la conduite au sens large (y compris le vélo, la trottinette, les rollers ou le tricycle!!) mais également à toutes les activités (professionnelles ou de loisir) qui nécessitent attention et précision.

En termes de responsabilité, il est recommandé de noter dans le dossier médical que le malade a été informé des risques (cf. Loi du 4 mars 2002 qui précise l’obligation d’informer sur les traitements et leurs risques). Cependant, le conducteur a une responsabilité directe qui l’engage à suivre l’avis médical reçu.

 

Françoise Haramburu

. Prémédication?

 La sortie des nouveaux pictogrammes et la modification de voie d’administration de l’hydroxyzine (voir Infos n° 80, septembre 2005) est l’occasion de réfléchir aux prémédications «antiallergiques» ou autres.

Lorsqu’une prémédication est faite en consultation externe à l’hôpital ou dans un cabinet médical, penser à prévenir le malade qu’il ne doit pas conduire en sortant!! Penser aussi que l’administration d’un antihistaminique H1 ne doit pas être systématique, mais fonction du terrain. Par ailleurs, la voie orale est souvent aussi efficace qu’une voie injectable, avec des risques moindres.

F.H.

. Carbamazépine / oxcarbazépine et atteintes cutanées: réagir vite!

 Cinq à 20% des sujets qui débutent un traitement par carbamazépine présentent une éruption cutanée, le risque étant majoré par une posologie initiale trop élevée. Il s’agit le plus souvent d’une éruption bénigne, érythémateuse ou maculopapuleuse. Cependant, toute éruption survenant au cours d’un traitement par carbamazépine est à considérer avec prudence. En effet, l’évolution vers une atteinte cutanée particulièrement grave (dermatite exfoliative, pustulose exanthématique aiguë généralisée, syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell) est possible. Une éruption peut aussi constituer un des premiers signes d’une réaction d’hypersensibilité. Ce syndrome d’hypersensibilité survient généralement au cours des huit premières semaines de traitement et comporte classiquement, outre une éruption cutanée, une fièvre, des adénopathies, une hépatite, une éosinophilie, des arthralgies; il peut se compliquer d’une défaillance polyviscérale touchant reins, poumons, cœur, foie, moelle osseuse. Un diagnostic précoce est primordial, certainement favorisé par une bonne information du malade : toute éruption ou autre symptôme évocateur d’une réaction d’hypersensibilité (fièvre, hyperéosinophilie, adénopathies) doit amener à consulter le plus rapidement possible. L’arrêt de la carbamazépine est alors indispensable.

L’oxcarbazépine, principalement métabolisée en dihydroxycarbamazépine, a les mêmes effets indésirables que la carbamazépine et de ce fait est à proscrire. Le remplacement de la carbamazépine par de la phénytoïne ou du phénobarbital (anticonvulsivants aromatiques) est à envisager avec prudence compte tenu du risque de réactions croisées.

Deux cas qui nous ont été signalés récemment viennent illustrer ces propos: un homme de 48 ans, traité par carbamazépine et bromazépam pour troubles bipolaires a présenté 4 semaines après le début du traitement par carbamazépine des érosions buccales et une éruption érythémato-papuleuse prurigineuse sur les pieds. Malgré l’extension rapide de l’éruption aux membres et à l’abdomen, l’apparition d’une dyspnée et de frissons, le traitement a été poursuivi. La carbamazépine n’a été arrêtée que 10 jours après l’apparition des premiers signes, lors d’une hospitalisation pour syndrome de Stevens-Johnson. L’autre cas concernait un garçon de 13 ans ayant une épilepsie partielle complexe généralisée depuis l’âge de 4 ans et hospitalisé pour éruption érythémateuse diffuse, fièvre, vomissements, éosinophilie à 1170/mm3 et syndrome inflammatoire. Ce tableau, apparu dans les heures suivant la réintroduction d’un traitement par oxcarbazépine, évoquait un syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse. Dans ses antécédents, il y avait une allergie connue à la carbamazépine (sans plus de précision) et une réaction identique sous oxcarbazépine cinq mois auparavant…

 Anne Laribière

 

. Paracétamol, hépatite et foie alcoolique

     L’hépatotoxicité du paracétamol est bien documentée dans le cadre d’un surdosage, volontaire ou accidentel, pour des doses généralement supérieures à 10-12 grammes. En revanche, la toxicité hépatique du paracétamol à posologie supra-thérapeutique, lors d’un traitement de quelques jours sur un foie fragilisé, est moins bien connue.

Nous avons récemment eu une notification d’une hépatite fulminante sous paracétamol chez une femme de 44 ans, consommant 2 litres de vin par jour. Pour des douleurs dentaires, elle avait pris, en automédication de la codéine (320 mg/j) et du paracétamol (6,4 g/j) pendant 3 semaines. Elle est alors hospitalisée pour douleurs abdominales diffuses. Le bilan biologique montrait une cytolyse hépatique majeure (ASAT à 31 000 UI/L) et une chute du facteur V à 10%. L’évolution s’est faite vers une encéphalopathie hépatique de stade III et une insuffisance rénale oligo-anurique. La malade est décédée trois jours après l’admission d’un œdème cérébral secondaire à l’hépatite.

Chez un sujet alcoolique, l’induction du cytochrome P450 aboutit à une formation accrue du métabolite toxique du paracétamol (la N-acétyl benzoquinone imine). Par ailleurs, la carence en glutathion, fréquente dans l’alcoolisme, ne permet plus la conjugaison au glutathion, voie de secours lorsque les autres voies métaboliques sont saturées.

 A.L.

 

Numéro 80 – septembre 2005

 . Hydroxyzine injectable : plus qu’une seule voie

 Depuis janvier 2005, l’hydroxyzine injectable, antihistaminique H1, ne peut plus être administrée que par voie intramusculaire. L’utilisation de la voie intraveineuse n’est plus autorisée, en raison d’un risque de thrombophlébite ou de nécrose tissulaire. (La voie intraveineuse était jusque là tolérée.) Les autres voies d’administration, parfois utilisées, notamment sous-cutanée, sont évidemment en dehors du cadre de l’AMM. Ce changement important (compte tenu de la large utilisation de la voie IV pour ce médicament) n’a pas été annoncé (nous l’avons découvert par hasard, lors d’une question posée sur ce médicament !)

Une lettre aux médecins et pharmaciens aurait aidé ce médicament à rester sur la bonne voie !

Pernelle Noize

. Coup de pompe pour les immunostimulants

Les médicaments « à visée immunostimulante » (Biostim®, Imocur®, Imudon®, I.R.S. 119®, Ribomunyl®) étaient proposés dans le « traitement d’appoint des affections de la sphère buccale » pour Imudon® et le «traitement prophylactique des infections récidivantes de la sphère ORL» (souvent virales, paradoxalement !) pour les autres. Une réévaluation du rapport bénéfice/risque, jugé défavorable, a conduit l’Agence des produits de santé à suspendre l’AMM!; le retrait du marché aura lieu à partir du 24 octobre. Sur le plan du bénéfice, l’efficacité a été jugée insuffisante (la majorité des études étaient anciennes!; quant aux études plus récentes, elles présentaient des faiblesses méthodologiques sans apporter d’élément convaincant en termes de bénéfice). Sur le plan du risque, de nombreux effets indésirables, souvent graves ont été notifiés et avaient conduit à la modification des monographies des différentes spécialités en 2003. Il s’agit essentiellement de réactions cutanées, allergiques (urticaire, choc, bronchospasme), mais aussi d’effets digestifs, ORL et généraux (fièvre). La commission nationale de pharmacovigilance avait alors demandé que le bénéfice soit ré-évalué.

Amélie Daveluy

. Retrait de l’association paracétamol / dextropropoxyphène au Royaume Uni et en Suède : qu’en est-il en France ?

 Nous avions déjà parlé du retrait programmé du marché de l’association paracétamol/dextropropoxyphène au Royaume Uni (voir Infos, n°74). Depuis, la Suède a également annoncé la suspension d’AMM de cette association après le recensement de 200 décès par an lors d’intoxications aiguës.

Les données des Centres antipoison français ont été analysées et ne retrouvent que quelques cas par an de décès par intoxication. Au moins deux facteurs, en France, peuvent expliquer cette différence : pour les médicaments contenant du paracétamol, la quantité totale ne peut excéder 8g par boîte!(ce qui, de fait, limite également la quantité de dextropropoxyphène) ; par ailleurs, l’utilisation de paracétamol et/ou propoxyphène n’est pas en France traditionnellement utilisée dans les tentatives de suicides, contrairement à ce qui se passe dans les pays anglo-saxons. Statu quo donc en France.

 A.D.

. Étiquetage des ampoules de morphine

L’harmonisation de l’étiquetage des ampoules de morphine (voir Infos n°69, septembre 2004), est désormais en vigueur. Il semble y avoir eu quelques couacs à la mise en route (co-existence dans certains hôpitaux des stocks anciens et nouveaux, sans heureusement qu’il y ait eu d’accident). Le nouvel étiquetage n’est plus exprimé en pourcentage mais en milligrammes, ce qui est quand beaucoup plus simple et moins à risque ! pour calculer une posologie. Progressivement, cette mesure devrait être étendue à toutes les ampoules injectables.

 Françoise Haramburu

. Suspension de l’AMM de l’Hexavac®

L’Agence européenne a suspendu l’autorisation de mise sur le marché du vaccin Hexavac®, en raison d’une immunogénicité insuffisante, qui pourrait entraîner une protection insuffisante à long terme contre l’hépatite B. Pour les enfants n’ayant pas terminé le schéma vaccinal complet avec ce vaccin, la vaccination doit être poursuivie soit avec un vaccin pentavalent (DTCa-P-Hib) et un vaccin contre l’hépatite B, soit avec un autre vaccin hexavalent. Pour les enfants ayant reçu un schéma vaccinal complet avec ce vaccin, il n’y a aucune mesure immédiate à prendre. Un groupe de travail a été mis en place par l’Agence des produits de santé, pour définir si un rappel ultérieur sera nécessaire. La protection par ce vaccin pour les autres valences, diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite et infections invasives à Haemophilus influenzae type b (Hib) n’est pas remise en cause.

 F.H.

. Histamine et explorations fonctionnelles respiratoires

L’Agence des produits de santé rappelle que les solutions aqueuses d'histamine qui pourraient être actuellement commercialisées n’ont à ce jour en France aucune autorisation, n’ont pas été évaluées et n’ont fait l’objet d'aucun contrôle de qualité!: elles ne doivent donc pas être utilises pour les tests de provocation bronchique.

 F.H.

. Tolcapone, le retour…

Déjà annoncée dans ces colonnes, la remise sur le marché de la tolcapone (Tasmar®) est effective. La prescription est désormais réservée aux neurologues. L’indication est la maladie de Parkinson, en deuxième intention, après échec ou intolérance aux autres inhibiteurs de la COMT. Les transaminases doivent être surveillées (avant traitement, tous les 15 jours la première année, une fois par mois les 6 mois suivants, puis tous les deux mois par la suite). Toute anomalie des transaminases (au-dessus de la limite supérieure de la normale) ou l’apparition de signes cliniques d’insuffisance hépatique impose l’arrêt immédiat du traitement.

 F.H.

. Ventes de médicaments aux officines et aux hôpitaux en France, 1993 - 2003

L’Agence des produits de santé a mis en ligne sur son site l'analyse des ventes de médicaments en ville et à l’hôpital. Les données présentées sont issues des déclarations de vente faites par les industriels à l’Agence pour le calcul de la taxe sur les ventes. Même si ce sont des chiffres globaux (ventes annuelles), ces données sont intéressantes car elles incluent les ventes aux hôpitaux et cliniques, contrairement aux données actuelles de l’Assurance maladie. Les données sont présentées en chiffre d’affaires et en nombre de boîtes vendues. Il s’agit de la 5e édition de données sur les ventes. Pour la première fois, les données sont exprimées en dose définie journalière (defined daily dose), mode de calcul préconisé par l’OMS, ayant des limites, mais qui a au moins le mérite d’exister et d’être utilisé dans de nombreux pays.

Un document incontournable pour qui s’intéresse aux ventes de médicaments.

 F.H.

. Retrait de l’AMM de l’association almitrine – raubasine

L’association almitrine-raubasine (Duxil®), vasodilatateur, n’était plus sur le marché depuis janvier 2005. L’Afssaps a retiré l’AMM en raison d’un rapport bénéfice/risque défavorable. Efficacité insuffisante d’un côté, risque de neuropathie périphérique de l’autre, souvent accompagné d’amaigrissement important.

Cette décision ne concerne pas l’autre spécialité contenant de l’almitrine (Vectarion®), ayant une indication très différente, l’insuffisance respiratoire avec hypoxémie due à une bronchite chronique obstructive.

 F.H.

 

Numéro 76 – avril 2005

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

. Ostéonécroses de la mâchoire et biphosphonates : un nouvel effet indésirable ?

Récemment, des publications, mais aussi de nombreux cas d’ostéonécrose de la mâchoire chez des malades traités par biphosphonates signalés à la pharmacovigilance de différents pays, ont attiré l’attention sur cet effet. L’ostéonécrose peut apparaître après une avulsion dentaire, mais peut aussi survenir en l’absence de traumatisme. Le délai d’apparition est de quelques mois à quelques années après le début du traitement. L’atteinte débute par des douleurs intenses, puis une nécrose, pouvant se compliquer et aboutir à une fistule. Un traitement chirurgical peut être nécessaire. La plupart des cas ont été décrits chez des malades traités à forte posologie par pamidronate ou zolédronate, souvent par voie intraveineuse. Bien qu’il s’agisse souvent de malades ayant un cancer avec métastases osseuses, on ne retrouve pas à l’histologie d’élément en faveur d’une métastase de la mâchoire. Jusqu’ici, la seule localisation décrite de ces ostéonécroses est la mâchoire. Certains pays ont recommandé la plus grande prudence pour les soins dentaires chez les sujets traités par biphosphonates.

Faut-il rapprocher ces atteintes des épidémies de nécrose de la mâchoire survenues au XIXe siècle chez des ouvriers (parfois des enfants) travaillant dans des usines d’allumettes, fabriquées à l’époque avec du phosphore blanc ? Les complications étaient fréquentes, les déformations monstrueuses. (Malgré l’importance de l’épidémie, il faudra environ 80 ans pour que l’utilisation du phosphore blanc soit interdite pour fabriquer les allumettes.) On retrouve facilement des images de l’époque en recherchant sur Internet « phossy jaw ». Le phosphore blanc peut classiquement entraîner, lors d’une intoxication chronique, notamment professionnelle, diverses anomalies du métabolisme osseux, dont l’expression la plus typique est l’ostéonécrose de la mâchoire. Touchant le plus souvent le maxillaire inférieur, les premiers signes sont des douleurs intenses, avec hypersalivation, puis tuméfaction, congestion et suppuration gingivale, avec souvent fistulisation. Une altération de l’état général est fréquente à ce stade!: fièvre, adénite, périadénite, contraction des mâchoires, gênant la mastication et la parole.

Il reste beaucoup à apprendre sur ce nouvel effet indésirable, dont la réalité semble cependant faire peu de doute.

 

Françoise Haramburu

 

. Acide valproïque : un risque plus important que les autres anticonvulsivants pendant la grossesse?

L’acide valproïque a longtemps été considéré comme un anticonvulsivant entraînant peu de risque pendant la grossesse. La découverte d’une augmentation du risque d’anomalies de fermeture du tube neural avec l’acide valproïque avait au début des années 80 remis en cause cette notion d’innocuité. Plusieurs études récentes viennent renforcer l’idée que l’acide valproïque entraîne sans doute beaucoup plus de risques que l’on ne le pensait jusqu’ici. Une étude de cohorte montre que le risque de malformations est 4 fois plus important avec l’acide valproïque qu’avec d’autres anticonvulsivants. Par ailleurs, un registre de grossesses exposées à la lamotrigine montre un risque de malformation beaucoup plus élevé chez les femmes traitées par lamotrigine plus acide valproïque que chez celles traitées par lamotrigine seule. Si l’on sait depuis longtemps qu’une polythérapie anticonvulsivante augmente le risque par rapport à une monothérapie, l’importance de l’augmentation est ici largement supérieure à ce qui est classique.

Dernier élément nouveau, une étude portant sur le suivi d’enfants montre un QI plus faible chez les enfants exposés in utero à l’acide valproïque que chez ceux exposés à d’autres anticonvulsivants.

Autant de raisons qui font qu’il faut être très prudent chez les femmes enceintes traitées par acide valproïque. Jusqu’à preuve du contraire, le divalproate (Dépakote®) et le valpromide (Dépamide®) doivent être considérés comme pouvant entraîner les mêmes risques au cours de la grossesse. Cela pose aussi le problème du traitement de femmes jeunes avec ces médicaments et certainement celui d’une re-évaluation du traitement lors d’un désir de grossesse.

 

F.H.

 . L’Europe et le nimésulide

En 2002, la Finlande, puis l’Espagne avaient suspendu la commercialisation du nimésulide (Nexen®), en raison de la survenue d’hépatites (voir Infos, n°43 - avril 2002). La Finlande avait demandé un « arbitrage » au niveau européen. L’agence européenne a récemment donné son verdict : le rapport bénéfice / risque reste favorable. Les conclusions de l’Agence européenne sont que ces atteintes hépatiques sont probablement liées au nimésulide, qu’elles peuvent être graves, mais qu’il s’agit d’un effet très rare. Soit. À l’époque, nous écrivions, qu’effectivement avec les données disponibles, les hépatites (dont certaines fulminantes) ne semblaient pas plus fréquentes que ce que l’on peut voir avec d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Mais, ce qui change pour nous maintenant en France, ce sont les indications. En effet, les indications du nimésulide étaient très différentes dans les différents pays européens.

L’« arbitrage » de l’Agence européenne implique désormais des indications communes dans toute l’Europe. Le nimésulide a donc maintenant deux indications nouvelles en France : le traitement des douleurs aiguës et les dysménorrhées primaires. Ces deux nouvelles indications sont suffisamment larges pour augmenter considérablement le nombre de malades traités (et donc le nombre de cas potentiels d’hépatites). (Jusqu’ici, le nimésulide avait en France comme indication le traitement symptomatique de l’arthrose douloureuse.)

La prudence s’impose donc. Le nimésulide est désormais contre-indiqué en cas d’insuffisance hépatique. L’arrêt du traitement s’impose en cas de signes compatibles avec une atteinte hépatique ou d’anomalies du bilan biologique hépatique (et dans ce cas, le nimésulide ne doit pas être réintroduit). L’association à d’autres «médicaments hépatotoxiques» et l’abus d’alcool doivent être évités.

La saga des AINS est loin d’être finie…

F.H

 

Numéro 75 – mars 2005

Bulletin d'information du Département de Pharmacologie du CHU de Bordeaux

. Le Vidal® nouveau est arrivé

Sa couverture est toujours rouge, frappée de lettres d’or … mais ouvrez-le donc, il réserve quelques bonnes surprises!

Voici l’essentiel des nouveautés du millésime 2005, qui se trouvent dans les premières pages:

- informations importantes en pharmacovigilance: en plus du récapitulatif des «lettres aux prescripteurs» diffusées en 2003-2004, figure la liste des mises au point sur certaines classes thérapeutiques publiées

- les médicaments à prescription restreinte: nouvelle classification et modalités de dispensation

- les règles de prescription: l’art et la manière de rédiger une ordonnance conforme à la réglementation n’aura plus de secret pour vous!

- les recommandations sanitaires aux voyageurs, approuvées par le Conseil supérieur d’hygiène publique de France: vous saurez tout sur la chimioprophylaxie antipaludique en fonction des zones, les vaccinations, la trousse à pharmacie… et plus encore!

Et comme toujours dans cette première partie: interactions médicamenteuses et cytochrome P450, calendrier vaccinal, quelques explications sur la rubrique grossesse des monographies, spécialités contenant des produits dopants, médicaments prescriptibles par les sages femmes, et reléguées à la fin (hélas!) les coordonnées des Centres Antipoison, des Centres Régionaux de Pharmacovigilance, des Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendances, du Centre de Renseignements sur les Agents Tératogènes, de l’ Etablissements Français du Sang, des Associations de Malades, etc.

- section rouge (anciennement, le classement des génériques): nouveauté 2005, un index alphabétique des médicaments répertoriés dans cette édition, renvoyant aux pages correspondantes, pas forcément très utile,

- sections bleue et jaune, à l’identique: classement des médicaments par principe actif et classe thérapeutique

- enfin, une nouvelle section, grise: la liste des génériques et la liste des excipients à effet notoire avec, fait nouveau, les risques principaux des excipients.

La version CD n’a pas fondamentalement changé, mais le graphisme est plus clair. Par ailleurs, nous sommes toujours des inconditionnels du VidalPro® qui est probablement la version la plus complète.

Anne Laribière

. Aripiprazole: déconseillé dans les troubles psychotiques de la démence

Après une mise en garde pour l’olanzapine et la rispéridone (voir Infos n°64, mars 2004), l’analyse de trois essais cliniques avec l’aripiprazole (Abilify®), neuroleptique récent a montré une augmentation du risque (non significative) d’accident vasculaire cérébral. L’Agence des produits de santé rappelle donc que l’aripiprazole n’a pas d’indication dans le traitement des troubles psychotiques au cours de la démence. Elle rappelle également que ce risque n’est pas exclu avec les autres neuroleptiques.

 

. Lipiocis® et pneumopathie interstitielle

Il s’agit d’un médicament, plus exactement d’un radiopharmaceutique, qui contient des esters éthyliques des acides gras d’huile d’oeillette marqués à l’iode 131. Ce médicament est utilisé dans le carcinome hépato-cellulaire avec thrombose de la veine porte non résécables et non transplantables. Treize cas de pneumopathie interstitielle diffuse sont survenus en France, environ un mois après la 1ère injection, le plus souvent après la 2e injection. Au cours des essais cliniques, l’incidence de cet effet avait été estimée à 1 pour 200. D’après les données récentes observées en France, l’incidence serait plus élevée et serait de 2 pour 100. Une surveillance (radio thoracique avant chaque injection ou devant tout signe respiratoire) est recommandée chez les malades traités.

Françoise Haramburu

. Association didanosine et ténofovir: nouvelles recommandations européennes

Pour des raisons à la fois d’efficacité et de sécurité, l’association didanosine (Videx®) / ténofovir (Viread®) est déconseillée. En effet, plusieurs études ont montré un taux élevé d’échecs virologiques précoces et d’émergence de résistance lors de l’association de la didanosine et du ténofovir à un inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (INNTI) chez des patients adultes infectés par le VIH-1 naïfs de traitement antirétroviral et présentant à l’inclusion une charge virale élevée et un taux de CD4 bas.

Par ailleurs, des études de pharmacocinétique ont montré que l'administration concomitante de didanosine et de ténofovir entraîne une augmentation de 40 à 60% des concentrations plasmatiques de didanosine, ce qui peut augmenter le risque de survenue d’effets indésirables de la didanosine (rares cas de pancréatite et d’acidose lactique, parfois fatals).

Les recommandations officielles sont désormais:

- l'administration simultanée de didanosine et ténofovir n’est pas recommandée, en particulier chez les patients présentant une charge virale élevée et un taux de CD4 bas.

- si cette association est absolument nécessaire, les patients devront être attentivement surveillés quant à l’efficacité et à l’apparition d’effets indésirables liés à la didanosine.

Françoise Haramburu

• Interactions: en ligne!

Le «thesaurus des interactions médicamenteuses» a été récemment mis en ligne sur le site de l’Agence des produits de santé. Il s’agit de la version actualisée de l’ancien supplément Interactions médicamenteuses du Vidal®.

Dommage qu’il n’y ait en ligne qu’un document PDF et pas en complément un module un peu interactif…

Françoise Haramburu

Coxibs: nouvelles recommandations

Après une lettre envoyée en décembre 2004 (voir Infos n° 69 et n°72, septembre et décembre 2004) , nouvelle lettre adressée par le fabricant sur le risque cardiovasculaire du célécoxib (Célébrex®) (aux cardiologues, chirurgiens orthopédistes, gériatres, internistes, médecins du sport, néphrologues, médecins de rééducation fonctionnelle, rhumatologues, médecins généralistes et pharmaciens) et du parécoxib (Dynastat®) (aux anesthésistes/réanimateurs, cardiologues hospitaliers, chirurgiens orthopédiques et cardiaques, pharmaciens hospitaliers), à la suite d’une décision européenne après réévaluation du rapport bénéfice-risque.

En raison de l’augmentation possible des risques cardiovasculaires avec la dose et la durée de traitement, le célécoxib doit être prescrit à la dose minimale efficace pendant la période la plus courte possible. Le célécoxib est contre-indiqué chez les patients présentant une cardiopathie ischémique ou un antécédent d’accident vasculaire cérébral (y compris accident ischémique transitoire), en cas d’insuffisance cardiaque congestive (NYHA II-IV).

Une mise en garde a été rajoutée pour la prescription chez les sujets ayant des facteurs de risque cardiovasculaires (par exemple, hypertension, hyperlipidémie, diabète, tabagisme) ou d’artériopathie périphérique.

Pour le parécoxib, une contre-indication supplémentaire est l’utilisation dans les douleurs post-opératoires après pontage coronaire.

Selon de nouvelles analyses d’essais cliniques contrôlés versus placebo, la fréquence de survenue d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque ou d’hypertension aggravée est considérée comme peu fréquente et celle d’accident vasculaire cérébral comme rare.

Françoise Haramburu

Mise à jour du 21/08/10

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